(Надія Вікторівна Савченко) risque jusqu’à 23 ans de détention en . Pilote d’hélicoptère et officier de l’armée ukrainienne, volontaire dans la garde nationale en plein cœur des luttes pour la Crimée de l’été 2014, elle est, selon les propres mots du président Vladimir Poutine, accusée d’avoir « joué un rôle d’indicateur dans l’assassinat de [deux] journalistes russes non armés qui essayaient d’exercer leur profession dans l’est de l’Ukraine » 2 . Si Savtchenko nie toute responsabilité, la mobilisation internationale à son égard s’amplifie actuellement, après la récente annonce d’abandon de sa grève de la faim. L’ombre de l’OTAN plane, certes, alors que la et l’Allemagne mais aussi la , la Lituanie et la Roumanie sont parmi les principaux acteurs à plaider la cause de Savtchenko.

La Russie profite pour une part de cette énième crise médiatique, lui permettant de polariser son opinion publique alors que l’intervention en Syrie renforce ses positions géostratégiques. Dans ce contexte, l’affaire Savtchenko est, pour le Kremlin, l’une des occasions d’éprouver et de donner corps à sa propre « narration de la réalité », jusqu’à présent à bien des égards réactive et dépendante des spin doctors de Washington. De ce point de vue, le phénomène est bien connu : la manipulation conjointe des Femen par Washington et Moscou, chacun à son échelle, selon son style et sa partition, devait permettre aux premiers de se présenter comme les chantres mondiaux de la liberté individuelle, aux seconds comme les défenseurs d’un monde multipolaire conservateur.

Quelle serait, alors, la singularité de l’épisode Savtchenko ? Les États-Unis sont désormais sur la défensive s’il est vrai que Poutine parvient à renforcer l’aura de légitimité qui entoure ses interventions, réactivant la stratégie sémantique de l’ère soviétique. Il est, désormais, habituel d’évoquer les « fascistes », voire les « nazis de Kiev » pour désigner tout opposant à la politique russe, bien au-delà des seuls membres du régiment Azov (Полк « Азов ») et des anciens éléments du Secteur droit (Пра́вий се́ктор) de la révolution de février 2014. Dangereux et conscient abus de langage que vient, certes, appuyer le nationalisme affiché de Nadia Savtchenko, militante ne récusant pas une esthétique et des postures agressives, par ailleurs élue en son absence au Parlement ukrainien – donc assimilable à ladite « junte de Kiev ».

Derrière l’apparente réussite des manœuvres américaines en , la Russie semble pour le moment remporter la bataille médiatique au sein des territoires qu’elle entend mobiliser. Se trouverait donc renforcée la nouvelle image de Poutine : un chef d’État respectueux de la sensibilité populaire, capable de s’opposer à toutes les formes d’extrémisme politique et religieux, sans remettre en cause les aspirations consuméristes de sa classe moyenne.

Un modèle paradoxal et mouvant, qu’il ne s’agit pas plus de vouer aux gémonies que de porter au pinacle, gardant à l’esprit le proverbe : « Aide-toi, le ciel t’aidera. » Quant au verdict concernant Nadia Savtchenko, il est attendu le 21 ou 22 mars à Donetsk.

Notes:

  1. Nadia Savtchenko est accusée par les autorités russes d’avoir transmis à l’armée ukrainienne la position d’Igor Korneliouk et Anton Volochine, deux journalistes russes tués en juin 2014 par un tir de mortier dans l’est de l’Ukraine pendant la crise de Crimée.
  2. Nadia Savtchenko est accusée par les autorités russes d’avoir transmis à l’armée ukrainienne la position d’Igor Korneliouk et Anton Volochine, deux journalistes russes tués en juin 2014 par un tir de mortier dans l’est de l’Ukraine pendant la crise de Crimée.

À lire aussi

Emmanuel Macron est d’abord le Président d’une France fragmentée

France périphérique contre métropoles, catégories socio-professionnelles (CSP) périphériqu…