La mort de René Girard intervenue le jour même du bel hommage d’Alain de Benoist à Camel Bechikh me permet d’amener un sujet que je voulais traiter depuis longtemps, avec un peu de répondant, pour éviter d’aller tout droit au peloton d’exécution. On allume beaucoup de bûchers dans notre France déboussolée. Il faut être blanc ou noir, islamophile béat ou islamophobe buté. 

René Girard a donné un contenu savant à la notion biblique de bouc émissaire (Lévithique 16). De violence mimétique (l’invasion migratoire insécurisant des populations déjà précisées) en violence mimétique (la barbarie islamique contre la barbarie mercantiliste des États-Unis) et en effondrement des interdits, des rituels et des mythes sous l’effet d’un libéralisme niveleur, le musulman tend à remplacer le juif pour porter tous les péchés du monde. Comme dit Alain de Benoist, “l’immigration rend fou”, et avec elle, la mondialisation qui la sous-tend.

L’ n’est pas la cause mais la conséquence de nos problèmes. L’islam occupe le vide provoqué par notre déculturation/déchristianisation. Le djihadisme est une appropriation identitaire, sur un mode grotesque, et pas moins criminel, de la part de populations de culture musulmane sans repères, trop nombreuses, perdues entre des identités incertaines, faute d’en avoir passé par la toise de la machine à assimiler française.

Comment en est-on arrivé là ? Par l’essentialisation religieuse et l’assignation à l’identité qui nous a vus naître, et à la pire d’entre elles, à la religion des ancêtres. Une double martingale qui donne à notre époque quelque chose de terriblement régressif. Le 19e siècle positiviste et le 20e siècle agnostique regardent goguenards notre 21e siècle plein de superstitions.

C’est ainsi que Camel Bechikh est assigné à son identité de musulman, quelles que soient ses déclarations d’amour à la France et les gages de loyauté qu’il puisse donner. Il sera toujours traître aux deux camps. L’assignation est un enfermement. De quoi tourner schizophrène ou d’avoir envie de prendre les armes. Musulman tu es né et musulman tu resteras, même si tu n’es que de culture musulmane et non croyant !

Quant à l’essentialisation, elle consiste à construire une essence musulmane immuable. Quand des éditorialistes font la même lecture littérale du Coran que les salafistes ou nous expliquent que le djihadisme commence dès le ventre de la mère, ils participent de cette dangereuse essentialisation. C’est parce qu’on a cru qu’il existait une essence juive, inscrite dans une tradition culturelle ou une appartenance raciale, que l’extermination de masse fut conçue, femmes et enfants compris, car il fallait que la transmission fût rompue. 

L’islamisme est une barbarie et il faut lui faire la guerre. Je n’ai cessé de l’écrire dans ces colonnes. Mais il ne faut pas faire du musulman un bouc émissaire, sauf à inciter encore plus de musulmans sécularisés à se réislamiser, par la réappropriation même de l’image dégradée que l’on a d’eux, pour en faire un étendard et un instrument de conquête, comme certains juifs se complaisant dans le rôle assigné par l’antisémitisme, ainsi que Sartre l’a compris.

Judéophobie et islamophobie ne se valent pas. Il n’y a jamais eu de pogroms et de camps d’extermination pour les musulmans. Mais il faut prendre garde de n’armer le bras d’un exalté qui trouvera intelligent de faire un carton sur quelques paisibles musulmans. 

7 novembre 2015

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