C’était en avril 2013. Un journaliste de France 3 – Clément Weill-Raynal – avait tourné en cachette une courte vidéo révélant à la France « le Mur des cons », soit un trombinoscope d’un particulier ornant en grand et en couleur le local du Syndicat de la magistrature, dans le XIIIe arrondissement de Paris.

Y figuraient des dizaines de personnalités connues, politiques essentiellement de droite (les figures du FN, bien sûr, mais aussi Nadine Morano, Luc Chatel, Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, Michèle Alliot-Marie…), également quelques figures et intellectuels de gauche (Manuel Valls, Jacques Attali, Alain Minc), des journalistes (Robert Ménard, Yves Thréard, David Pujadas…), leur portrait généralement assorti de commentaires d’un goût que les mêmes "syndiqués de la magistrature" ne manquent pas de trouver parfaitement condamnable quand ils ont à en juger. Ainsi Brice Hortefeux, affublé d'un autocollant du FN sur le front et de la mention « l'Homme de Vichy ». Ou encore leur collègue Philippe Courroye désigné, lui, comme « Fossoyeur du 92 ».

L’affaire avait fait grand bruit. Notamment parce que l’auteur des images (refilées à Atlantico), passé en comparution immédiate devant le tribunal de la CGT de France 3, s’était vu condamner comme au bon temps des purges staliniennes : mise à pied de 7 jours avec retenue de salaire. Il a raconté son aventure dans un livre, Le fusillé du mur des cons, qui en dit long sur la neutralité politique de nos grands médias.

De remous en protestations véhémentes, douze plaintes ont été déposées, et le Syndicat de la magistrature, pris en la personne de sa présidente madame Françoise Martres, a fini… au tribunal. Côté accusés.

Et que croyez-vous qu’il arriva ? Vous avez gagné : rien du tout.

Le parquet vient en effet de requérir un non-lieu pour la présidente Françoise Martres. Motif : il y a prescription. Les juges se fondent sur la loi qui régit "la de la presse", laquelle fixe la prescription à trois mois "à compter du jour où les faits ont été commis" et non du jour où ils ont été révélés. Or, madame Martres l’assure, le Mur des cons – assimilé pour l’occasion à une publication syndicale ! – était placardé dans sa petite boutique depuis 2012. On peut donc circuler, il n’y a plus rien à voir…

Certes, madame Martres n’est pas tout à fait à l’abri d’un procès dans la mesure où la juge d’instruction, saisie des douze plaintes pour "injures publiques", peut toujours décider de la renvoyer en correctionnelle. Mais comme me l’avait dit voilà quelques années un inspecteur du Fisc en refusant l’attestation qui aurait permis de faire plonger un notaire véreux : "On ne se dénonce pas entre officiers ministériels." Il faut croire qu’on ne se condamne pas non plus entre magistrats…

23 janvier 2015

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