Finalement, “l’affaire Morano” est pleine d’enseignements. Coupable d’avoir osé employer le mot “race”, à propos de la France de surcroît, elle a été la cible des médias, de ses adversaires politiques, et ses « amis » républicains se sont joints à la curée. Premier enseignement : l’effondrement du niveau du débat politique. Parce que le mot « race » a été utilisé par l’idéologie raciste des nazis, le mot serait devenu « tabou », frappant son emploi d’une excommunication sans rémission.

La peur des mots est soit le fait d’une attitude primitive, soit le produit d’une dictature orwellienne imposant la « novlangue », ici celle du « politiquement correct ». L’idée qu’une démocratie moderne puisse nourrir des débats entre des gens maniant des informations vérifiées et usant de mots dont le sens est maîtrisé semble aujourd’hui hors de portée. Le mot “race” n’est idéologique que dans le cadre du racisme. Son usage est donc nécessaire dans les textes pour condamner celui-ci. Les têtes de moineau gauchistes devraient y réfléchir. Par ailleurs, son emploi scientifique et responsable recouvre une réalité, celle de groupes possédant et transmettant par l’hérédité des caractéristiques physiques, certaines pathologies propres par exemple. Aucun racisme ici. Simplement la volonté d’appréhender le réel pour agir efficacement. Qu’il n’y ait pas de race française et que la majorité des Français soient blancs sont deux affirmations qui ne méritent aucune polémique.

Évidemment, le manque de culture générale et l’avidité médiatique de la classe politique actuelle n’arrangent rien. Ils ne travaillent pas et se précipitent devant les micros pour dire n’importe quoi. Nadine Morano est une militante, une « groupie » sarkozyste, impulsive et qui a depuis longtemps montré ses limites. Elle a néanmoins été ministre parce qu’une femme « populaire » était bienvenue dans le générique du film de Nicolas. Les temps ont changé. Dans un parti qui ne réunit plus que les ambitions et les plans de carrière, l’élimination du concurrent blessé par un tir médiatique est un sport pratiqué avec délectation.

Mais, pour une gaulliste, citer la phrase du général de Gaulle sur le peuple de race blanche, qui n’évoque d’ailleurs aucune supériorité de celui-ci, est-il plus grave que de renier des déclarations favorables à la préférence nationale ou d’édulcorer le Coran sans l’avoir lu ? C’est pourtant ce qu’a fait Juppé, montrant par là qu’il n’avait aucune conviction, mais seulement des postures liées à la mode et à ses exigences. Cette mésaventure me la rend sympathique. J’avais connu la même exécution au sein d’un parti que j’ai quitté avec un profond dégoût. Pourtant, j’avais simplement rappelé une vérité historique que les crétins paresseux qui encombrent l’UMP et sa suite ignoraient. Je reconnais que je me suis défendu avec moins d’énergie qu’elle. Le vouloir-vivre est plus efficace que le mépris.

Ce que révèle la tempête soulevée par un mot est beaucoup plus grave. L’acharnement du microcosme médiatique et de ses courtisans politiciens vient opportunément couvrir leur insuffisance commune. Il est plus facile de s’indigner contre un mot que de trouver des solutions aux problèmes d’un pays en panne après 10 ans de « droite » et bientôt quatre ans de gauche. La France obtient des résultats inférieurs à ses principaux partenaires. On chercherait en vain un domaine qui la rende exemplaire. Elle vient de sombrer sur la scène mondiale où elle jouait encore un rôle éminent il y a peu. Mais le bal des hypocrites, des faux-culs, préfère ces indignations salutaires qui demandent peu de travail, garantissent les applaudissements du public et permettent d’éliminer le concurrent sur un terrain fertile où les places sont chères et confortables.

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