Le vendredi 5 juin, Tarek Haziz, ancien ministre des Affaires étrangères, puis vice-Premier ministre de Saddam Hussein, seul chrétien de son gouvernement, est décédé d’une crise cardiaque. Il s’était rendu, en 2003, aux Américains qui le livrèrent au nouveau pouvoir chiite, sachant bien le sort qui lui serait réservé. Condamné à la pendaison, malade, il a passé plus de dix ans en prison à attendre son exécution. Sa famille a demandé qu’il soit inhumé en Jordanie. Un article récent sur Boulevard Voltaire a rétabli la vérité sur cet homme. Sa mort, restée dans l’indifférence générale, ne devrait-elle pas nous inciter à réfléchir sur l’irresponsabilité de nombreux dirigeants occidentaux ?

Le 20 mars 2003, les États-Unis lancent l’opération Iraq Freedom sans l’aval du Conseil de sécurité. On se souvient, notamment, de l’opposition résolue de Jacques Chirac et du discours de Dominique de Villepin. Le prétexte ? Saddam Hussein disposerait d’armes de destruction massive. Il serait même complice d’Al-Qaïda. Colin Powell, alors secrétaire d’État, cherche à convaincre le Conseil de sécurité en brandissant une fiole supposée contenir de l’anthrax. Les États-Unis ne s’honorèrent point en cette circonstance. Ils prétendaient chasser un tyran et donner à l’Irak des valeurs démocratiques : ils voulaient surtout mettre la main sur les réserves pétrolières de ce pays.

Certes, Saddam Hussein n’était pas un saint mais il maintenait un équilibre au Moyen-Orient. Jusqu’en 1990, la France avait d’ailleurs entretenu de bonnes relations avec lui. En 2003, des personnalités comme Tarek Aziz auraient sans doute pu participer à des négociations pour préserver la paix dans cette région. Au lieu de cela, une guerre dont nous voyons aujourd’hui les résultats : le chaos en Irak, des attentats journaliers, l’ étendant son empire, les chrétiens et de nombreuses minorités massacrés dans des conditions horribles.

Comme si la leçon irakienne n’avait pas suffi, François Hollande suit aujourd’hui les pas de Barack Obama. Il réitère avec la Syrie l’erreur tragique de George W. Bush. Au lieu de rechercher une entente minimale avec Bachar el-Assad pour vaincre Daech, il s’enfonce dans un bourbier politique dont on mesure aujourd’hui les effets : la moitié de la Syrie est aux mains de l’Armée islamique ! Voilà à quoi conduit une complicité coupable avec les États-Unis qui, main sur le cœur, ne jurent que par leurs intérêts. Quelle preuve d’irresponsabilité ! C’est avec le même aveuglement que, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy – oublié le temps, pas si lointain, où Kadhafi plantait sa tente à la résidence officielle de l’hôtel Marigny –, le régime libyen a été mis à bas, sans qu’on en prévoie les conséquences.

La diplomatie est, certes, un art difficile, qui suppose sagesse, courage et clairvoyance, vertus malheureusement trop rares. Les hommes politiques qui ne tirent pas les leçons du passé devront rendre compte devant le peuple de leurs actes.

11 juin 2015

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