Moubarak libéré, Morsi emprisonné : vive la démocratie égyptienne !

À propos de l’actuelle situation en Égypte, Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques, évoque « un grand bond en arrière »… Dommage qu’en France, là où se nichent les meilleurs spécialistes des questions orientales, ces derniers ne soient pas plus écoutés.

Résumons donc, même à grands traits. L’ancien dictateur Hosni Moubarak, accusé de la mort de plus de 800 manifestants, laïques, nationalistes nassériens, salafistes et Frères musulmans y compris, serait en passe d’être plus ou moins libéré ; soit, a minima, assigné à résidence.

Dans le même temps, Mohamed Morsi (Frères musulmans), élu démocratiquement et destitué par un putsch à la Pinochet façon cornes de gazelles, devrait demeurer en cabane pour un bon bout de temps ; en compagnie, tant qu’à faire, de quelques-uns de ses proches. Lui n’a pas fait tirer sur la foule des manifestants ; qu’importe… un détail. Ce que lui reprochent certains ? D’avoir voulu changer la société ; bref, d’avoir voulu l’islamiser. Sachant que la charia était inscrite dans la Constitution dès l’avènement au pouvoir du défunt Anouar el-Sadate, il ne s’agissait là en rien d’une révolution copernicienne. Et puis, c’est la marotte de tout nouveau président élu que de vouloir changer la vie, tels François Mitterrand, Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Certes, l’infortuné Morsi n’a pas tenu toutes ses promesses électorales. Mais s’il avait fallu débarquer tous nos présidents suspects des mêmes manquements, notre armée, même en faisant appel au contingent, n’aurait pas suffit à la manœuvre et l’arrière-petit-fils de Raoul Salan camperait encore dans les jardins de l’Élysée.

Le général Al-Sissi, nouvel homme fort du Caire, en est donc réduit à naviguer à vue. Mohamed El Baradei, ancien vice-président des relations internationales de l’ancien gouvernement, et caution démocratique à destination des opinions occidentales, a démissionné avant de fuir à l’étranger.

Dans la foulée, les USA exigent la libération de Mohamed Morsi, assurant au passage : « Nous avons fréquemment exprimé nos préoccupations au sujet des arrestations arbitraires. Pour qu’il y ait un processus politique rassembleur en Égypte, nous pensons que toutes les parties doivent y participer. »

Voilà qui inclut de fait les Frères musulmans. Seulement voilà, 36 d’entre eux viennent de mourir asphyxiés dans un camion alors qu’ils tentaient de s’évader… Armes chimiques ? Peut-être, mais pas forcément sûr. En tout cas pas plus que celles dont les forces légalistes syriennes auraient peut-être fait usage contre d’autres opposants politiques.

Et comme si le trouble ne suffisait pas à semer la confusion, voilà que Recep Erdoğan, Premier ministre turc et philosophiquement proche des Frères musulmans, déclare à son tour : « Vous savez ce qu’on dit en Égypte ? Que la démocratie ne se fonde pas sur les urnes. Qui se trouve derrière cela ? Israël ! »

Le principal État concerné a évidemment démenti. Les USA aussi. Retour à la case départ et grand bond en arrière, donc.

Pour mieux comprendre ce qui se joue, le Cercle Lafayette recevra, au Carré Parisien, 1 rue du Général-Beuret, Paris XV, lundi 26 août 2013,
à 19 h, le docteur Albert Tanios et madame El Masri, de l’association France-Égypte. Réservation : 06 34 92 05 36.

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