Il y a 60 ans, en 1953, avec le procès de jugeant le massacre d'Oradour-sur-Glane en Haute-Vienne perpétré le 10 juin 1944 par la division "Das Reich" de la Waffen-SS, la France découvrit le drame des « malgré-nous » alsaciens. En faisant l'amalgame entre les Alsaciens et les tortionnaires allemands, le tribunal contribua à entretenir le malentendu entre la France et l'histoire de l'Alsace. Un malentendu qui perdure encore aujourd'hui.

Il n’y a pas que sur le sort des prisonniers de guerre allemands qu’un voile pudique a été jeté après-guerre, mais également sur nos propres compatriotes alsaciens, incorporés de force dans l’armée allemande lorsque Vichy a livré l’Alsace-Moselle à l’annexion nazie en 1940. Vichy, pas plus que Londres, ne réagiront en 1942 à l’appel sous les drapeaux à croix gammée de 130.000 jeunes Alsaciens mosellans enrôlés de force dans la Wehrmacht, en violation flagrante des dispositions de l’Armistice. Cette incorporation de force était en outre contraire à la convention de la Haye du 18 octobre 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre précisant expressément « qu'il est interdit à un belligérant de forcer les nationaux de la partie adverse à prendre part aux opérations de guerre dirigées contre leur pays ».

De nombreux jeunes Alsaciens tentèrent d’échapper à ce tragique destin, mais peu d'entre eux réussirent à se dérober ou même à s'enfuir vers la zone libre, les frontières de l’Alsace devenue Reichsland étant solidement verrouillées. De plus, considérés comme déserteurs s'ils étaient arrêtés, ils tombaient sous le coup de la loi martiale et risquaient la peine de mort, tandis que leurs familles étaient déportées et leurs biens mis sous séquestre. On comprend dès lors le nom de « malgré-nous » qu’ils se donnèrent et qu’ils revendiquent encore aujourd’hui quand on leur cherche des poux sur leur appartenance nationale…

La majorité de ces « malgré-nous » sera envoyée dans les unités de la Wehrmacht qui combattront sur le front russe. Vers la fin de 1943, l'incorporation se radicalise avec l'intégration progressive et obligatoire dans les Waffen-SS engagés en première ligne. Ceux qui en réchapperont seront à jamais traumatisés d'avoir appartenu à de telles unités dont les membres seront considérés comme des « criminels de guerre » par le tribunal de Nuremberg. Sans compter que, capturés sous l'uniforme SS, ils étaient abattus souvent sur place aussi bien par les Soviétiques que les Américains dont les soldats de base ne faisaient pas la différence entre les SS à tête de mort et les Waffen-SS. Quant aux « soldats de base » capturés sur le front russe, ils furent internés dans des conditions abominables par les soviets dans des camps, dont celui de Tambov, de sinistre mémoire.

Ni Maurice Thorez planqué à Moscou, ni de Gaulle en visite chez Staline ne lèveront le petit doigt en leur faveur. Ils croupiront dans leurs goulags dans l’attente d’une libération qui se fera au compte-gouttes et au gré de l’humeur du « Petit père des peuples ». Leurs récits au retour sur le « paradis soviétique » expliquent pourquoi, en Alsace, le Parti communiste a pu aller se rhabiller lorsqu’il se pavanait sur le plan électoral jusque dans les années 60. On estime à environ 40.000 le nombre de « malgré-nous » non rentrés ou disparus. La plupart d’entre eux ont été déclarés, ironie du sort, « morts pour la France » et leurs noms figurent parfois sur les monuments aux morts des villages alsaciens. « Morts pour la France », mais « sous l'uniforme allemand », pourrait-on ajouter !

Les incorporés de force survivants sont de moins en moins nombreux mais le travail de mémoire se poursuit et notamment sur l'excellent site www.malgré-nous.eu animé par Nicolas Mengus, qui estime que « l’incorporation de force est désormais un crime de guerre qu’on ne peut ignorer et son histoire – qui dépasse largement le cadre de l’histoire régionale – ne s’écrira pas uniquement avec le silence des morts ».

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1 août 2013

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