Editoriaux - Entretiens - Industrie - Politique - Santé - Table - 18 avril 2014

Mort de Jacques Servier : les vaccins, nouvelle bulle spéculative ?

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

Jacques Servier, directeur des laboratoires éponymes, vient de nous quitter. Cela signifie-t-il la fin des procès en cours ?

Non, bien sûr, le procès devrait avoir lieu courant 2015 mais on peut effectivement se poser la question du dédommagement, en l’absence de class actions en France (qui deviennent une absolue nécessité). Par ailleurs, Jacques Servier a transformé, pour des raisons fiscales, son laboratoire en fondation de droit hollandais et éclaté son activité en nombreuses filiales aux sièges sociaux divers, dont la Suisse… Une organisation pour être moins solvable ?

On a parfois l’impression qu’à l’instar des multinationales des armes et du pétrole, celles de l’industrie pharmaceutique fonctionnent dans la même opacité… Illusion d’optique ?

Le rapprochement est judicieux. On observe leur collusion avec le pouvoir politique et les autorités sanitaires où règnent les conflits d’intérêts, qui ont permis ces 25 dernières années la sortie de 90 % de médicaments sans aucune plus-value thérapeutique par rapport aux plus anciens, et beaucoup plus chers de six à dix fois, qui dépouillent notre Sécurité sociale au profit de leurs cours de Bourse et entraînent la santé vers le privé où l’accès aux soins pour tous sera remis en cause, comme tel est déjà le cas. Par ailleurs, les prix fixés par le CEPS (Comité économique des produits de santé) le sont en toute opacité avec le sempiternel chantage à l’emploi et à la délocalisation, tout à fait inacceptable. Bilan : notre facture nationale, de loin la plus élevée d’Europe, ne diminue toujours pas malgré les PLFSS (projets de loi de financement de la Sécurité sociale) successifs alors que dix milliards d’euros d’économie sont possibles sans léser les intérêts des patients, bien au contraire. Enfin des directives pharmaco-économiques doivent être adressées aux prescripteurs pour moins prescrire ces faux nouveaux médicaments et doubler la consommation de génériques, source d’économie, comme en Allemagne et en Angleterre ou aux Pays-Bas. Les prix doivent être revus à la baisse en s’appuyant sur les données européennes. Cela peut aller très vite avec une volonté politique et après avoir transformé la marge commerciale des pharmaciens en honoraires à périmètre constant, comme dans nombre de pays européens.

Jacques Servier était connu pour ses amitiés chiraquiennes, puis sarkozystes. La nature de ces liens peut-elle dériver sur une sorte de mélange des genres ?

Les lignes qui précèdent en sont la démonstration, d’où la nécessité de transparence qui ne vient toujours pas, alors que les experts indépendants ne manquent pas dans notre pays mais sont considérés actuellement comme des empêcheurs de tourner en rond.

On voit bien actuellement aussi le forcing qui est fait sur la nouvelle bulle spéculative constituée par les vaccins et leurs dérives, tant en matière de recommandations que de coût pour la collectivité, vu les prix de remboursements octroyés.

Il est temps de changer de logiciel, sinon la population décrochera complètement face à toutes ces affaires.

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