Le 31 juillet disparaissait le Canadien Roddy Piper, célèbre catcheur, mais surtout premier rôle d’un OVNI de la science-fiction, critique vitriolée de la médiacratie : Invasion Los Angeles (They live).

Roddy Piper n’est pas un acteur de profession, mais son principal rôle a marqué la science-fiction (SF). Campant le prolétaire anonyme John Nada (« qui n’est rien ») dans le film de John Carpenter Invasion Los Angeles, en 1988, il est devenu le symbole de l’anti-héros solitaire luttant contre l’oppression de l’argent, du pouvoir et des médias.

Dans ce film unique en son genre, minuscule budget à l’époque des premières grosses productions de science-fiction, John découvre en arrivant à Los Angeles un ennemi invisible qu’il doit longtemps se résoudre à combattre seul. Plus tard, le « héros », après l’avoir convaincu de ses poings, parvient à rallier à ses vues son collègue des chantiers… et à le faire voir.

Ce qu’il y a à voir dans le Los Angeles d’Invasion, c’est, avec des lunettes spéciales, un monde dominé par une élite… extraterrestre. Le scénario paraît d’emblée celui d’une série Z reptilienne. Mais il faut dépasser cet a priori pour saisir la métaphore : une critique des politiciens, des médias, du consumérisme et de tous les conformismes sociaux.

Cette vision ne s’arrête pas aux visages hideux de l’élite extraterrestre, qui infiltre dans son ensemble la américaine, hommes d’affaires comme simples agents de police, sans oublier l’évidence : les présentateurs télévisés. Elle permet aussi de déceler, derrière les affiches publicitaires, les billets de banque et les couvertures de journaux, d’inquiétants contre-slogans : « Obéis », « Suis la mode », « Consomme », entre autres injonctions invisibles du commun… mais subliminales pour tous.

Mais nul besoin des lunettes d’Invasion pour voir le pire : pas tant les envahisseurs que leurs collaborateurs humains, policiers, commerçants, Américains anonymes grimés en zélateurs de ce nouvel ordre violemment antisocial. Tous se mettent au service de ceux qui vident de sa substance le « pays des libertés ».

Que dénonce Carpenter par le biais de cette élite invisible ? Le caractère extraterrestre de ces personnages, capables de se télé-transporter, n’est que prétexte pour dénoncer l’élite réelle qui gouvernait de ses certitudes néo-libérales l’ de la fin de la guerre froide. Une scène montre, d’ailleurs, ceux ayant découvert la vérité être traqués pour suspicion de… communisme !

Sur les extraterrestres d’Invasion, les interprétations ont divergé, jusqu’à taxer Carpenter d’antisémitisme… Plus sérieusement, il y a là une critique de ce que déteste cet anticonformiste sincère, enfant maudit de Hollywood : la franc-maçonnerie, les lobbies et tous les faux philanthropes de l’establishment politico-médiatique. “D’ici 2025, non seulement l’Amérique, mais la planète tout entière, seront sous notre domination et notre protection”, scande symboliquement le chef des envahisseurs. Prophétie ou réalité ?

4 août 2015

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