Cinéma - Editoriaux - Histoire - International - Politique - 16 juillet 2016

Mort de Provenzano, parrain de Cosa Nostra

Sicile. Mafia. Deux mots indissociables, quasi synonymes dans l’imagination collective. C’est pourtant aux cris de “bastardo”, “assassino”, “disonnore” que le parrain de Cosa Nostra, Bernardo Provenzano, avait été accueilli par la foule lors de son arrestation en 2006. Preuve que, loin des fantasmes romantiques issus du cinéma américain, l’île est otage du crime organisé.

On a tenté, aussi, d’en faire un personnage de film. Rêveries alimentées par ses 43 ans de cavale – la plus longue de l’histoire de la mafia – et l’absence d’un visage, sa dernière photo remontant à 1959.

Un mythe presque affable puisqu’il était l’auteur de la nouvelle stratégie de Cosa Nostra qui mettait fin à l’époque des tueries inaugurée par son prédécesseur Totò Riina, durant laquelle quiconque ne se pliait pas à l’organisation était massacré : ainsi, des centaines de commerçants insoumis, journalistes, gendarmes, entrepreneurs, membres des institutions ou de clans rivaux seront trucidés. Parfois, leur corps dissous dans l’acide, comme celui de Giuseppe di Matteo, 13 ans, assassiné pour faire taire son père.

Après les attentats à l’encontre des juges anti-mafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, Riina, dont il était le fidèle bras droit, sera arrêté. Provenzano prendra alors la tête de Cosa Nostra.

Préférant aux massacres la “politique” – un mélange de corruption et d’infiltrations dans l’appareil d’État ; pensons à Vito Ciancimino, maire de Palerme -, avec lui la mafia fera un bond dans la modernité. Il aurait ainsi opéré la “Trattativa Stato-mafia”, un pacte entre hauts fonctionnaires des institutions italiennes et les représentants de Cosa Nostra, prévoyant l’arrêt des tueries en échange de plus de laxisme dans la répression.

Du fond d’un petit mas sicilien de Corleone, sa ville natale, il donne ses ordres sur des “pizzini”, des petits bouts de papier qui passent de main en main. Un système vieille école qui lui permettra une planque sereine pendant laquelle il jardine et lit la Bible.

Son caractère plus pondéré dans la gestion des affaires – “Ne faites pas de bruit”, disait-il – ne doit cependant pas masquer la terreur qu’il avait instaurée, et son surnom était là pour le rappeler : “le tracteur”, car après lui, rien, même pas l’herbe, ne repoussait.

Des écoutes téléphoniques et un déplacement dans une clinique marseillaise pour se faire soigner – aux frais du contribuable italien ! – mèneront à son arrestation. Il est mort ce mercredi 13 juillet, à l’âge de 83 ans, d’un cancer de la prostate.

Sur la mafia, notons que seul le régime mussolinien, tout en respectant l’état de droit, avait réussi à la contrecarrer. Cela en instituant une réglementation ad hoc portée par un solide idéal d’honnêteté, dénonçant la corruption comme n’étant pas une fatalité surnaturelle, mais seulement le résultat d’un laisser-faire d’institutions qui ont tout à gagner à sa prolifération. Bref, que se débarrasser du crime organisé n’est qu’une histoire de volonté.

Quant à l’actuel régime libéral-démocratique, gangrené de corruption et ayant fait du gain d’argent la valeur suprême, il sera difficile pour lui d’en faire autant.

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