Editoriaux - Justice - Livres - Politique - Religion - 15 août 2016

Mort de Françoise Mallet-Joris, un écrivain paradoxal

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Françoise Mallet-Joris était la fille d’un sénateur et ministre de la Justice belge, Albert Lilar, et de sa femme Suzanne, l’une des premières avocates de son pays et également écrivain reconnu. Plongée dans l’écriture dès son enfance, elle a publié à 16 ans son premier recueil de poèmes, mais surtout en 1951, à 21 ans, un roman sulfureux qui ferait sensation s’il sortait de nos jours, bien que notre époque soit si libérale en matière de sexualité. Ce livre, intitulé Le Rempart des béguines, bien écrit et nuancé, conte la relation homosexuelle, masochiste et perverse entre une adolescente de 15 ans et la maîtresse de son père ! Tout le catalogue de la soumission y passe. Son auteur a pris un pseudonyme, Mallet, qu’elle a complété plus tard par Joris pour rappeler son origine d’outre-Quiévrain.

Malgré ces débuts licencieux, Mme Mallet-Joris a trouvé paradoxalement la foi et s’est convertie à 23 ans au catholicisme alors qu’elle était issue d’un milieu agnostique. Elle est restée fidèle à cette religion, avec des hauts et des bas. Elle a connu une carrière littéraire brillante et a publié une trentaine d’ouvrages. Ses livres ont remporté de nombreux prix, dont le plus emblématique est le prix Femina en 1958 pour L’Empire céleste, un livre choral sur les habitants d’un immeuble. Elle a fait, avec brio, des incursions dans les romans historiques et les biographies. Au milieu de sa vie, elle écrivit des livres plus « abordables », avant de renouer avec bonheur avec une certaine complexité à la fin de sa vie. Son public était largement féminin et, si elle « défendait la cause des femmes » selon le jargon de la bien-pensance, elle n’était pas dans l’outrance et la caricature et savait intéresser également les hommes. Parmi ses livres qui ont eu le plus de succès, on trouve trois ouvrages largement autobiographiques : La Double Confidence, sur la relation ambiguë, d’amour et d’admiration mêlée de rejet, qu’elle entretenait avec sa mère, Lettre à moi-même, sur sa conversion et ses amis, et enfin La Maison de papier, sur sa vie familiale et domestique.

Sa vie privée est à l’image de son œuvre : complexe. Elle a été mariée trois fois et a eu quatre enfants de deux de ses maris. Son premier époux était un original de haut vol qui a changé une dizaine de fois de religion ou de croyances ésotériques. Elle a épousé ensuite le frère du ministre socialiste français Pierre Joxe. Elle a aussi vécu en couple pendant une douzaine d’années avec l’artiste de variétés Marie-Paule Belle. Elle lui a écrit beaucoup de paroles de ses chansons à succès, dont « La Parisienne ».

Elle se plaçait à gauche de l’échiquier politique et aurait convaincu M. Mitterrand de se représenter en 1988. Elle a été longtemps membre de l’académie Goncourt et de l’Académie royale de Belgique, où elle a occupé le fauteuil de sa mère.

Son dernier livre date de 2007. Elle a fini sa vie solitaire et a affronté courageusement la maladie.

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