Culture - Editoriaux - Médias - Politique - Société - 30 septembre 2015

Mort à Morano !

Elle ne s’excusera pas. Non contente d’avoir servi sur un plateau (de télé, en l’occurrence) à l’intelligentsia l’occasion d’embrasser une énième polémique oiseuse, s’affiche doublement coupable d’écarter tout acte de contrition. Pire : elle réitère ses propos sur les ondes d’Europe 1 : la France serait donc de race blanche, même que c’est le général de Gaulle qui l’a dit. Diantre !

On feint de s’indigner sur l’emploi du mot « race », officiellement prohibé depuis l’accession au pouvoir de François Hollande, artisan patenté des courbes exponentielles de l’hypocrisie et de la vacuité. On s’insurge vertement de la référence à une couleur (im)maculée de sous-entendus. Non, la France n’est pas blanche ; d’ailleurs, le racisme anti-blanc n’existe pas davantage que les Français de souche. La France n’est blanche que quand elle se révèle méchante, intolérante, malveillante, réactionnaire. La France du bien, de la générosité, de la fraternité, du progrès, est bigarrée et lovée dans l’amour de l’Autre. Entrez-vous ça dans le crâne une fois pour toutes. Et vite, car les flots draguent chaque jour votre société de demain.

En réalité, l’émoi suscité par la formule « race blanche » n’est qu’une vaste supercherie occultant un rejet bien plus profond et insidieux : celui de la France du gaullisme et des Trente Glorieuses, qui savait dire non à l’impérialisme américain et aux utopies supranationales. Une France volontariste et visionnaire qui célébrait son identité au lieu de la renier. Une France qui savait aller de l’avant au lieu de s’ankyloser dans la repentance. Cette France-là est révolue, ainsi en ont décidé les politiques et les médias. Un jour viendra où le Général sera présenté comme un odieux raciste dans les manuels scolaires, sous l’impulsion d’angéliques ministres zélés.

Nadine Morano est brute de décoffrage. Elle n’a pas la dimension culturelle et intellectuelle d’un Michel Onfray, capable, en une repartie, de discréditer ses contempteurs. L’élite de gauche déteste ce dernier car elle s’avère inapte à contrer ses arguments ou même à frelater sa réputation en le taxant de lepénisme larvé. Elle abhorre Morano parce qu’elle est plébéienne et grande gueule ; à des années-lumière des raisonnements fouillés et roboratifs du philosophe, elle brocardera en un tweet la prolifération des burqas. Ces deux-là n’ont rien à voir et pourtant chacun constate, à sa manière, le crépuscule d’une civilisation, sous les yeux des candides qui préfèrent détourner le regard.

Décapitée par son propre camp, Nadine Morano ne sera probablement plus tête de liste des Républicains aux régionales en Meurthe-et-Moselle. A-t-on peur que ses déclarations fassent perdre des électeurs ou qu’elles génèrent, à l’inverse, des émules ? Ses « amis » politiques, soudain frappés d’une violente amnésie, semblent avoir oublié qu’ils revendiquent, en temps normal, l’héritage de celui qui prononça en 1959 ces mots devenus explosifs. Devoir d’inventaire ? La réaction la plus digne émane de François Fillon, qui fustige l’émission de Laurent Ruquier, « faite que de caricature, d’agressivité », et à laquelle il exclut de participer. Comme Lionel Jospin refusa naguère d’aller raconter sa vie chez Michel Drucker, ce qui, dit-on, lui fit perdre des voix. Et c’est bien ce qui est le plus désolant. Se livrer en pâture dans ces jeux du cirque qui vous sacralisent et vous crucifient en l’éclair d’un buzz est un funambulisme que les politiques devraient avoir enfin le courage de décliner. Il y a des chemins plus nobles pour prendre de la hauteur et toucher les foules.

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