Editoriaux - Politique - Société - 22 mars 2017

Pour moraliser la vie politique, augmentons les indemnités : ben voyons !

La machine médiatique étant à l’œuvre dans toutes ses complaisances habituelles, et la classe politique dans toute sa médiocrité, on voit à l’œuvre une fois de plus un des principaux fléaux de notre époque : l’incapacité à aller à la source des problèmes et le simplisme des solutions recherchées dans une logique qui s’apparente depuis bien longtemps déjà à celle du film Les Choristes : action/réaction.

Ainsi en est-il après les scandales Le Roux et Fillon : les voix se multiplient pour proposer une augmentation des indemnités parlementaires comme solution pour mettre fin à des pratiques moralement douteuses. Quelle naïveté et quel manque de réflexion ! Les pratiques immorales et illégales n’existeraient pas chez les riches ?

Le bon sens et le réalisme montrent que plus il y a de la richesse et plus les dérives sont proportionnelles à cette richesse. Croire que l’on va mettre fin à des pratiques moralement répréhensibles parce que les élus nationaux gagneront davantage est d’une utopie qui n’a d’égale que le revenu universel ou la réduction du temps de travail pour combattre le chômage. Parce qu’ils gagneraient 3 à 4.000 € de plus, on résoudrait les problèmes de moralisation de la vie politique ?

On nous parle d’une nouvelle grande loi de « moralisation de la vie politique ». Une de plus ! Or, les précédentes n’ont manifestement pas atteint leur objectif. Mais c’est peut-être un moyen de se laver les mains et de faire bonne figure.

Utopie de la loi car si l’édiction d’une loi mettait fin aux problèmes qu’elle est censée résoudre, cela ferait longtemps qu’il n’y aurait plus de crimes et délits en ce bas monde !

Utopie de la loi car il y aura toujours des personnes, élues ou non, pour trouver les failles du système et les exploiter en se positionnant parfois à la limite de l’illégalité sans la franchir vraiment, comme Fillon et Le Roux. La loi est comme une digue que la montée des eaux submerge : elle est nécessaire, mais pas suffisante.

Utopie de la loi si les mœurs ne sont pas aussi imprégnées d’une morale commune, car moraliser la vie politique passe d’abord et avant tout par une rééducation de la société pour renouer avec la transmission et l’éducation de vraies valeurs morales. On nous cite toujours l’exemple des pays nordiques. Mais chez eux, c’est la morale publique et non la loi qui moralise leur vie politique.

C’est là que nos élites se heurtent au fossé qu’ils ont eux-mêmes creusé : nous payons en effet aujourd’hui le coût de décennies successives de leur déconstruction morale (rejet de l’autorité, de la morale traditionnelle et chrétienne), de leur promotion des valeurs libertaires (moi-je, ma vie, mes intérêts, mon plaisir personnel) et de leurs choix éducatifs fondés sur le relativisme.

Et comme ils ne remettront pas en question la dictature libérale/libertaire qu’ils ont instaurée pour ne pas reconnaître leur responsabilité, il est à craindre que la situation ne soit pas près de changer.

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