Cliquez pour acheter

Monsieur le directeur,

Comme beaucoup de Français, j’écoute France Info quelques minutes chaque jour en me douchant le matin. C’est terminé. Chaque jour qui passe, en effet, m’éloigne de ce qui devrait à mes yeux (à mes oreilles, surtout…) caractériser une radio dite de « service public ». Je comprends de moins en moins le systématisme avec lequel vous confondez l’information (quel mot magnifique, pourtant !) avec l’actualité, les faits divers, l’émotion, la célébration, la diversion et surtout la promotion. À partir d’aujourd’hui, c’est décidé, je me doucherai avec France Culture. Tant pis si je gaspille un peu d’eau.

Car j’en ai marre. Marre de ces « ouvertures » de journal où les faits divers anxiogènes et sans intérêt le disputent aux faits divers encore plus anxiogènes ou avec encore moins d’intérêt. Au hasard de la journée, on passe ainsi d’un « départ de feu dans un petit appartement du centre de Grenoble qui a heureusement été maîtrisé sans faire de victime » à une fillette « fauchée par une voiture ». Que dire aussi de toutes ces nouvelles qui ne sont « bonnes » que parce que les « mauvaises nouvelles » étaient fausses… Genre : « Le petit garçon qui avait disparu hier a été retrouvé sain et sauf par les enquêteurs. Il s’était en réalité réfugié chez sa grand-mère. »

Marre encore de cette avalanche d’informations au conditionnel qui tournent en boucle, de tous ces à-peu-près se déformant, se reformant, se déformant à nouveau au fil de la journée. De ces conditionnels qui se transforment en indicatifs. Puis en impératifs. Je ne parle même pas de ces erreurs systématiques de noms, de dates, de prononciation. Hier encore, la ville de « Fortazela » (sic) au Brésil, ou le « grave de Pau » (re-sic) qui a fini par rentrer dans son lit. (Je sais, ce n’est pas si « gave »…)

Marre également de ces rubriques « bourse » qui ne concernent personne ou presque. Quels Français ont vraiment besoin de connaître dix fois par jour le niveau du Dow Jones ou du CAC 40 ? Renseignez-vous un peu… Et marre de ces « experts financiers » (ah bon ?) autoproclamés qui ont, chez vous, antenne ouverte dès lors qu’il s’agit de donner des conseils, en oubliant tout simplement que leur statut de salarié de banque ou autre établissement de gestion de fortune les amène à conseiller systématiquement aux auditeurs le contraire de ce qu’ils conseillent au quotidien à leurs clients. Là aussi, renseignez-vous : l’un d’entre eux, « star » de la profession et qui a, comme la plupart de ses confrères, fait profession de cynisme au nom de l’efficacité, est encore plus cruel que moi. En privé et le sourire aux lèvres, il vous surnomme, quand il n’est pas sur votre antenne, « France Désinfo » !

Marre, bien sûr, de toutes ces publicités déguisées un peu partout, qui ne disent jamais leur nom (« Rubrique X avec Y, fabricant de solutions innovantes en temps réel pour entreprises performantes au service du management des hommes » et autres niaiseries…).

Marre, surtout, de la désinvolture avec laquelle vous piétinez la déontologie la plus élémentaire de ce beau métier en vous « associant » (au nom de quoi ?) à tel ou tel film, tel ou tel disque, tel ou tel événement. Pensez-vous sincèrement que l’on puisse encore parler d’information lorsque le média est associé avec ce qu’il médiatise ? Il y a pourtant de plus en plus de « livres France Info » (sic), de « films France Info » (re-sic), d’« événements France-Info » (re-re-sic)… N’avez-vous pas honte d’en faire des tartines sur la sortie du dernier Superman ou sur l’anniversaire de Johnny Hallyday ? De vous associer aux 24 heures du Mans ou au Tour de France dont vous ne ramènerez, une fois de plus, toujours aucune autre information mais toujours autant de promotion ?

Laissez donc les stations privées s’accommoder avec les marchands du temple. Elles ne s’en privent pas. Abandonnez-leur d’urgence tous les plaisirs interlopes de l’« infotainment ». Elles en redemandent. Mais, de grâce, épargnez-nous d’alimenter cet écosystème malsain avec l’argent du contribuable. Le mien. Le vôtre…

Bien sûr, il serait déséquilibré et malhonnête de ma part de ne pas relever dans votre grille quelques rubriques plutôt objectives, pratiques et utiles (la météo, le trafic routier…), voire quelques chroniques réjouissantes, même si elles sont de plus en plus rares. Michel Serres, par exemple, auquel j’aurais bien aimé associer Philippe Vandel si lui aussi n’était pas (hélas, deux fois hélas…) quasiment toujours au service d’une promotion de ses interviewés d’autant plus insidieuse qu’elle se cache derrière son réel talent d’interviewer. Au moins le titre de sa chronique, Tout et son contraire, me semble-t-il adapté au fourre-tout indigent qu’est devenu votre ligne éditoriale.

Les hasards de la vie font que j’ai longuement parlé de tout cela, il y a peu, avec votre prédécesseur, Philippe Chaffanjon, quelques jours avant sa disparition brutale et injuste. Bien entendu, il trouvait mon jugement sévère. Non sans me rappeler que vous ne cessiez de vous remettre en question (à défaut de vous remettre en cause) en supprimant par exemple la rubrique « courses hippiques » (ouf !). Dont acte. Au moins est-ce un début. Pour le reste, le chemin est long, de l’actualité à l’information, la vraie. Il n’est pas impraticable. En témoigne le succès réel et réjouissant, au milieu de tellement de médiocrité ou de vulgarité, de vos « grandes sœurs » France Inter, bien sûr, France Culture surtout.

Reparlons-en dans quelques mois. Pour l’instant, je file sous la douche…

Partager

À lire aussi

Scoot toujours

À l’irresponsable anonyme qui m’a fracassé la jambe, puis abandonné au sol... boulevard Vo…