Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois : après des années d’incompréhension, François Hollande vient, coincé par de multiples contraintes, de se rallier à un pragmatisme économique pseudo-libéral. Beaucoup s’en réjouissent puisqu’il aurait enfin trouvé la lumière !

Pour autant, restons les pieds sur terre. François Hollande fonctionne toujours à contre-courant. Maintenant, il ne voit que d’un œil, et expose le pays à de nouveaux risques en limitant sa politique au renforcement de l’offre.

En effet, stimuler l’offre est judicieux quand l’économie fonctionne à plein : si le système productif n’arrive pas à couvrir la demande, il faut favoriser le développement des entreprises. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de croissance du tout. La demande est insuffisante. Il en résulte une concurrence extrêmement forte. Les entreprises françaises, moins musclées que leurs concurrentes étrangères, et pénalisées par le niveau élevé de l’euro, peinent à l’international ; et en France, elles n’ont pas les débouchés suffisants pour grandir, faute de demande.

Observons quelques indicateurs : la dette est abyssale, la croissance atone, les prix de l’immobilier baissent, le niveau du CAC 40 est inférieur à ce qu’il était en 2007 (donc les actions valent moins), les salaires sont sous pression, le pouvoir d’achat baisse, le chômage monte, l’épargne de précaution augmente… Cela s’appelle la déflation. C’est l’économie qui tombe dans un ravin.

Chistine Lagarde, directrice générale du FMI, a parlé cette semaine de « l’ogre de la déflation » : c’est la richesse d’un pays qui fond comme neige au soleil. Les prix des biens et services baissent, ainsi que les revenus. Cet appauvrissement progressif rend plus difficile le remboursement des dettes… qui s’accroissent.

La voie pour sortir de là, c’est l’Europe devenue intelligente : les responsabilités de la Banque centrale européenne doivent être revues. Aujourd’hui, la BCE a pour seule mission de maîtriser l’inflation. Donc, dès que l’économie repart (même d’un niveau très bas) et qu’elle « chauffe » un peu (si l’inflation dépasse 2 %), la Banque remonte ses taux d’intérêts et casse la reprise. C’est ce qui est arrivé en 2009 après le plan de relance européen.

Il faut donc que la Banque ait pour mission de favoriser le plein emploi, en plus de la maîtrise de l’inflation, sur le modèle de la Réserve fédérale américaine. En période de crise, la FED crée de la monnaie en abondance ; cela favorise la consommation et la relance de la demande. L’application simultanée d’une politique favorable aux entreprises permet d’accompagner la reprise. On sort par le haut de la crise.

Monsieur Le Président, le compte n’y est pas. Cette fois, essayez de comprendre et d’agir vite ! Vous avez mis une veste sociale libérale ; mais il manque encore le pantalon monétaire pour que le costume soit complet !

Il est urgent d’aller à Bruxelles et Francfort pour exiger que la BCE aide au plein emploi. Ne pas le faire, c’est rester sous le diktat de la Banque centrale et de l’euro fort ; c’est un boulevard pour le Front national.

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