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Monsieur,

Les hasards de la navigation sur internet me font retomber sur votre fameuse saillie de 2009 dans laquelle vous nous expliquiez, avec une franchise et une spontanéité désarmantes, pour relativiser le côté « bling-bling » de , le président de l’époque : « Mais enfin, tout le monde a une Rolex ! Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie ! » (sic)

De cette « connerie », vous vous êtes, depuis, mille fois excusé à longueur de livres et d’émissions télévisées. Avec le recul, cette parole malheureuse était pourtant moins un fourchage de langue qu’un cri du cœur et un terrible aveu : celui que les objets, à vos yeux comme aux yeux de tous les publicitaires, valent d’abord et avant tout pour l’image qu’ils véhiculent.

Pour en rajouter une couche, ne vous êtes vous pas senti obligé de préciser que, toujours pour une question d’image, vous aviez revendu votre Rolls « pour rouler en Citroën » (re-sic) ajoutant ainsi le ridicule au vulgaire ?

Égérie malgré vous d’une époque vide et avide qui préfère la quantité à la qualité, qui confond le prix et la valeur, vous incarnez chaque jour un peu plus ce que vous prétendez honnir : les nouveaux riches. Naturellement, vous êtes persuadé du contraire. Heureusement, personne ne vous croit, car ce que vous êtes crie plus fort que ce que vous dites.

Je n’ai rien contre les beaux objets. Encore faut-il les aimer sincèrement pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils représentent. Pour ma part, à une Rolex « flambant neuve » je préfère une Breitling « flambant vieille » achetée à crédit avec mes premiers salaires dans les années 80, même si j’ai fini par y renoncer le jour où j’ai enfin compris qu’en me donnant l’heure elle me prenait surtout le temps.

Depuis, je m’en tiens au choix de n’écouter jamais les publicitaires, si ce n’est pour faire le contraire de ce qu’ils préconisent. Je vis ainsi le plus simplement du monde, entouré de peu d’objets mais toujours « de qualité » et pas forcément de prix. Des objets d’une autre époque, surtout pas pensés pour « être à la mode », encore moins pour s’user, mais au contraire conçus pour durer.

Que dire de mon magnétophone Revox à bande des années 60 ? Une folie pour l’époque. Aujourd’hui encore, vrai synonyme de « haute fidélité ». On le trouve pourtant pour une poignée d’euros dans la moindre brocante.

Que dire aussi de mon appareil photos Hasselblad, le même que celui qui est allé sur la Lune en 1969 ? Il vaut aujourd’hui moins cher que mon réflex numérique (à peine quelques centaines d’euros) mais la qualité de ses images, même les publicitaires le savent, reste unique.

Que dire de mon piano, un vrai « queue de concert Pleyel » de 1926 (87 ans tout de même… respect !) dont la légèreté du toucher et le velouté du son restent eux aussi incomparables ? Un instrument en fin de compte bien meilleur (et près de dix fois moins cher, excusez du peu…) qu’un Yamaha ou qu’un Steinway contemporain. Qui dit mieux ?

Que dire, surtout de ma voiture ? N’ayant pas les moyens de m’acheter une berline ou un 4×4 moderne, j’ai préféré m’endetter un peu pour investir dans… une Rolls Royce ! Eh oui ! Probablement du même modèle que celui auquel vous avez vous-même renoncé : une Silver Shadow « flambant vieille » de 1976. Irrésistible et increvable. Toujours l’une des meilleures voitures au monde, même après 40 ans, et qui m’aura coûté moins cher que votre Citroën de direction.

Vous l’avez compris : quand les publicitaires, vous le premier, nous poussent à consommer de la nouveauté à tout crin et à tout prix, le bon goût et le bon sens réunis me confortent dans mon choix de privilégier le rapport « qualité-prix-plaisir » imbattable de quelques vieilleries sublimes.

N’ayant pas, comme vous, les moyens d’être un « nouveau riche », je me contente donc de n’être qu’un « ancien riche ». En me délectant au passage de faire l’exact contraire de vous : je me bats chaque jour pour ne surtout pas avoir de montre… et pour continuer à rouler en Rolls.

Bref, j’ai raté ma vie. Pardon d’en être fier !

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