« Je ne vous laisserai que la haine et des larmes pour pleurer. » Sentence qui sonne comme une malédiction, faisant passer les frasques de la famille d’Orléans pour un pâle avatar de leurs lointains ancêtres, les « rois maudits ». Depuis que Philippe Égalité a voté la mort de Louis XVI son cousin, que de vicissitudes ont caractérisé cette branche dynastique jusqu’à Louis-Philippe, dernier roi régnant. Depuis lors, il y a plusieurs demeures dans la maison du Père (Jean, 14,2) et les prétendants au trône de France ne manquent pas. Autant que les motifs de hargneuses dissensions.

C’est ainsi qu’on apprend que le prince héritier de la couronne royale, Jean d’Orléans, duc de Vendôme, a judiciairement assigné son père, Henri de France, comte de , ainsi que ses oncle et tante, le prince Jacques d’Orléans et la princesse Hélène, pour récupérer une partie de l’héritage de son grand-père, qu’il estime devoir lui revenir.

Quelque vingt ans avant sa mort survenue en 1999, le comte de Paris décida de léguer tous ses biens à la fondation Saint-Louis, déshéritant ainsi ses onze enfants dont certains, à son décès, n’atermoyèrent pas à saisir la justice républicaine pour être rétabli dans leurs droits successoraux bafoués. En septembre 2013, après 12 ans d’interminables procédures, sur fond d’inexpiables ressentiments et d’irrémissibles déchirures, le tribunal de grande instance de Paris annule partiellement la donation. Était en jeu un inestimable patrimoine mobilier (par exemple, le carnet de croquis que Louis XIV a réalisé à l’âge de 7 ans, l’abrégé des finances de Louis XIV dans lequel celui-ci consignait le budget de la France de l’année 1682, ou le manuscrit des statuts de l’Ordre de Saint-Michel datant de la fin du XVe siècle) et immobilier (les châteaux d’Amboise et de Bourbon-l’Archambault, la chapelle royale de Dreux et la chapelle expiatoire de Paris, restant propriété de la fondation).

On se perd en conjecture devant un tel étalage princier où l’hommerie la plus prosaïque perce indécemment sous le masque policé du Dauphin, descendant de cette illustre et longue lignée de quarante rois qui, en mille ans, firent la France. Cette âpreté au gain, en temps de crise, d’un prince qui, en 2009, dans un livre d’entretien (Un prince français, Éditions Pygmalion), affirmait être dévoué « au service de la France et des Français », conduit à s’interroger sur sa sincérité. Altesse royale ou bassesse people ?

À l’heure où nos institutions sont affaiblies par un régime républicain à bout de souffle et qui ne parvient à se régénérer, un temps, qu’en changeant de Constitution, tandis que la France est livrée aux assauts du Grand Remplacement, alors qu’elle endure les vents mauvais d’un transfrontiérisme libéral-libertaire désastreux pour notre économie, un prince de France ne devrait-il pas mieux se préparer politiquement à apparaître, un jour, comme le dernier recours ? Celui qui fait profession de « penser en prince chrétien et d’agir en prince français » devrait utilement méditer des classiques comme la Politique tirée des propres paroles de l’Écriture sainte de Bossuet ou le Testament politique de Richelieu. Monseigneur, Roi ne pouvez (pour le moment), mais prenez de la hauteur !

À lire aussi

Livre : Capitalisme moderne et société de marché, de Guillaume Travers

N’est-il pas étonnant qu’un ventre puisse être loué de la même façon que se vend le tout r…