Culture - Editoriaux - Le débat - Politique - 28 juillet 2016

Monseigneur, l’islam aussi nous fait peur !

Il en fallait, du courage, pour s’adresser ainsi au parterre d’hommes politiques venu assister à la messe de requiem célébrée après l’assassinat diabolique de l’abbé Jacques Hamel.

La polémique a été immédiate, monseigneur André Vingt-Trois a osé fustiger “le silence des élites devant les déviances des mœurs et la légalisation des déviances”. Tous y ont vu une critique acerbe de la légalisation du mariage homosexuel. L’archevêché a démenti, affirmant que le cardinal évoquait les différentes évolutions de la bioéthique. Facile de le croire, puisqu’on peut difficilement parler de “silence des élites” sur la question du “mariage pour tous” qu’elles ont – dans leur immense majorité – soutenu bruyamment. Elles ont été nettement plus discrètes sur l’acceptation détournée de la GPA, en effet… Même si, reconnaissons-le, celle-ni n’est que la conséquence de la loi controversée.

Mais le débat est ailleurs : la République ne dicte pas sa « normalité » dans une cathédrale… L’Église ne mérite-t-elle donc ce soutien dans son immense douleur que si elle renonce à ce qu’elle est ?

Mais poursuivons, car c’est loin d’être le seul reproche fait par le cardinal à ses prestigieux invités. “On invoque souvent les valeurs, comme une sorte de talisman pour lequel nous devrions résister coûte que coûte. Mais on est moins prolixe sur le contenu de ces valeurs, et c’est bien dommage”, leur a-t-il lancé sans détour avant d’ajouter : “Peut-être, finalement, nos agresseurs nous rendent-ils attentifs à identifier l’objet de notre résistance ?”

La France est attaquée depuis de nombreux mois dans sa chair. Ce mardi matin, dans une église, en pleine messe, c’est son cœur que l’on a fait saigner. Ce cœur qui l’a fait vivre si longtemps, qui l’a aidée à se construire et qu’elle a oublié depuis des années, même s’il continue à battre dans toutes ses églises désertées… Bien sûr que cela nous pousse à réfléchir à ce que nous voulons défendre.

Mais au lendemain de ce nouveau massacre islamiste que le cardinal n’a pas souhaité qualifier, il manquait deux peurs – pourtant majeures – dans la longue liste des angoisses du peuple français qu’il a égrenées : l’islamisation et l’immigration. Le prélat a bien cité, dans cette liste de peurs bien réelles par ailleurs, “les attentats aveugles”. Mais comment parler d’attentats “aveugles” quelques jours après que ces monstres sont passés à l’acte un 14 juillet, puis dans une église ? Ils savaient, au contraire, très bien ce qu’ils faisaient, et parfaitement ce qu’ils visaient.

La catholique que je suis est comme vous, Monseigneur, elle “crie vers Dieu” pour tenter de garder confiance et espérance. Elle aussi répète “Mon rempart, c’est Dieu, le Dieu de mon amour”… Qui d’autre ?

Mais elle crie aussi vers vous, l’un de ses pères : n’oubliez pas ces Français qui pleurent de voir leur pays sombrer dans une violence inouïe parce que tant de cultures s’affrontent, et parce qu’un islam éminemment politique y prend une place toujours plus importante. N’oubliez pas ces Français qui se débattent pour retrouver leurs valeurs, parce qu’on les a noyées dans le relativisme culturel et cultuel.

Nous ne sommes pas des anges ! Dieu nous a voulus corps et âme, il est donc dans notre nature d’être enracinés et c’est la raison pour laquelle la sauvegarde de notre identité est légitime et nécessaire. C’est par cet enracinement très concret que nous parvenons à reconnaître ce qu’il y a de beau, de vrai et de bon, et c’est donc par lui que nous parviendrons, in fine, à atteindre l’universel… Que l’on soit d’accord ou non, finalement, ces peurs sont bien réelles, pourquoi les mépriser au point de les taire ?

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