Editoriaux - Histoire - 18 août 2015

Le monde selon Al-Baghdadi

Lorsque l’homme de Cro-Magnon, ou de Néandertal, était venu à bout de son adversaire et que celui-ci, le crâne fendu d’un coup de massue magistral, gisait à ses pieds, c’était au tour de la veuve du vaincu de subir la loi du vainqueur, qui veillait d’autant plus à respecter les usages du monde tels qu’on les lui avait enseignés, du moins peut-on le supposer, que la femme était plus jeune et plus jolie. Assassin, violeur et à l’occasion anthropophage, notre ancêtre n’en tirait ni gloire ni remords. Il ne lui venait pas à l’esprit de commenter, de justifier ou d’excuser un comportement dont personne n’avait songé à lui apprendre qu’il prêtait le flanc à la critique. Il faisait comme il avait vu faire à son père ou à ses frères et comme feraient ses fils après lui ses enfants. Le monde était simple et l’humanité dans son enfance…

On apprenait la semaine dernière, de la bouche même des malheureux parents de Kayla Mueller, la jeune otage de Daech morte en février dernier dans un bombardement, qu’Abou Bakr al-Bagdhadi, chef suprême de l’État islamique, avait fait d’elle son esclave sexuelle. On sait de reste que celui qui s’est proclamé successeur des califes enseigne à ses disciples que tuer un hérétique ou violer une prisonnière est une étape sur le chemin qui mène vers Dieu et son paradis. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il ne se borne pas à dire le vrai et le bien, mais qu’il prêche aussi d’exemple.

L’histoire contemporaine nous a montré, et l’actualité nous rappelle tous les jours, de quelles horreurs l’homme est capable et de quels déguisements il excelle à habiller ses monstruosités. Mais, précisément, les grands criminels du XXe siècle, les Hitler, les Staline, les Mao ne se vantaient pas de leurs turpitudes. Le mince vernis que la civilisation a plaqué sur la nature humaine leur imposait de garder secrets leurs pires forfaits. Ils n’organisaient pas de visites guidées de leurs camps d’extermination, du goulag ou du laogai. Ils dissimulaient ou niaient leurs massacres de masse, la balle dans la nuque ou les kommandos spéciaux…

L’originalité de l’État islamique tient à ce que, loin de tels ménagements, il donne le plus grand retentissement à ses crimes, il en fait un élément de base de sa propagande et la première motivation de ses recrues. Mettre l’imprimerie, les haut-parleurs, la photo, le film, la vidéo, l’image et le son au service de la barbarie, c’est lui donner le visage de la modernité. En revanche, faire de la violence une fin, de l’assassin un héros, de l’assassinat un idéal, décréter que le mal est le bien et que répandre le sang de ses ennemis plaît à Dieu, c’est nous ramener à un monde que nous avons pu croire révolu, c’est tomber au-dessous ou en deçà du niveau de l’humanité la plus fruste. De l’homme de Cro-Magnon à Abou Bakr al-Neandertali, il y a régression.

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