Mon bon Sapin

Moi, je l’aime bien, . Ses yeux obliques le font un peu ressembler à Lee Van Cleef, la « brute » des westerns spaghetti. Enfin, c’est tout ce qui les rapproche, car loin d’être brute, Michel Van Sapin, qui n’est pas un « truand », doit plutôt être classé parmi les « bons » ; mieux, même : les « gentils ».

Tenez, par exemple, il vient de perdre sa directrice de cabinet, Claire Waysand, qui, après 26 mois de bons et loyaux services auprès de lui, a choisi de partir à l’inspection des finances. Évidemment, à 47 ans, elle n’est pas au bord de la retraite et tient sans doute à ménager l’avenir si, d’aventure, les choses tournaient vinaigre en 2017. On ne sait jamais !

Pour la remplacer, le bon Sapin a fait appel à un fidèle, un compagnon, peut-être même un ami. Il se nomme Thierry Aulagnon. Entre eux, c’est une vieille histoire : Aulagnon était déjà dircab de Sapin lorsque celui-ci était ministre de l’Économie et des Finances, en 1992. Un quart de siècle, déjà ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Comme le temps passe… Que tout cela fait jeune et plein d’allant.

Entre ses deux Bercy, monsieur Aulagnon s’est fait un nom dans la haute finance, rémunéré par la Société générale dont il dirigeait la banque de marché. Il jouissait d’une retraite heureuse prise l’année dernière lorsque son copain lui a fait reprendre du service. C’est gentil.

Le problème, c’est qu’entre Bercy et la Société générale, il y a le pataquès Jérôme Kerviel. À la rentrée, la justice devra dire si le trader doit, ou non, rembourser 4,9 milliards d’euros de dommages-intérêts à la Société générale. Si la cour d’appel blanchit le trader, alors ce sont les coups de pouce de Bercy pour aider la banque à surmonter sa perte – on parle d’une aide de l’État de 2,2 milliards d’euros – qui seront remis en cause avec, probablement, demande de remboursement. C’est précisément ce moment que choisit le ministre pour mettre à ses côtés un ancien de la Société générale, ex-patron de Kerviel. Et ceux qui y voient un lien ne sont que de méchantes langues.

En attendant, on apprend par La Tribune que Michel Sapin, prudent, a écrit à ses collaborateurs en leur demandant… de ne pas communiquer avec Thierry Aulagnon lorsqu’ils auront des informations sur les sujets relatifs à la Société générale, mais aussi Thales, BPCE et Air France-KLM et les sociétés WeShareBonds et MAB Finances, autant d’entreprises auxquelles Thierry Aulagnon a été lié d’une manière ou d’une autre. Si c’est pour ne pas parler business avec les gens de Bercy, on se demande si la nomination de quelqu’un de vierge, qui n’aurait trempé dans rien, qui ne serait lié à aucune grosse entreprise française, n’aurait pas été plus judicieuse que ce choix, très « Retour vers le futur ».

Dans le même temps, le bon Sapin s’apprête à défendre devant le Parlement la loi « Sapin 2 » relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, qui vise notamment à encadrer les pratiques des différents lobbies du monde des affaires, tout cela pour “restaurer la confiance entre les citoyens et les élites politiques, un enjeu de crédibilité”, disait le rapporteur.

Savoureux, n’est-ce pas ?

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