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Editoriaux - Justice - Politique - Presse - 16 avril 2013

Moins de patrimoine tu as, meilleur ministre tu es !

Sept Français sur dix n’ont pas confiance dans leurs hommes politiques, vient de révéler un sondage LH2-Nouvel Observateur. Révéler, c’est vraiment le mot juste. Quel scoop ! Tout portait vraiment pourtant à penser que la France entière respirait la quiétude, et qu’elle s’abandonnait avec sérénité entre les mains pures et immaculées de ses politiciens.

Oui mais attendez. L’agence Reuters nous précise que ce sondage a été rendu public avant la publication du patrimoine des ministres. Une précision vraiment indispensable. Parce que, bien sûr, cette publication a changé la face du monde. Elle a, d’un coup, réconcilié les Français avec leurs hommes politiques : depuis, ils s’embrassent sur la bouche. Elle a rendu les ministres transparents, et permis de trier le bon grain de l’ivraie. Autant vous dire que les huit millionnaires ont le rouge au front et font les gros titres de la presse avec le montant de leur forfait en lettres d’or, tandis que les autres — les gagne-petit — bombent le torse. Ceux-là vont pouvoir continuer bien tranquillement à faire les poches des Français : puisqu’on vous dit qu’on est comme vous, de petites gens modestes !

Loin de moi l’idée de canoniser les huit millionnaires, mais si les autres étaient de la graine de Mère Teresa, cela se saurait, non ? Moins de patrimoine tu as, meilleur ministre tu es. Tel est le dogme sous-tendu. Et tant pis si cette déclaration de patrimoine ne rend nullement compte des émoluments passés et présents, des avantages en nature, des appartements et des véhicules de fonction, des fluctuations du marché immobilier dont on connaît l’injustice des effets en matière d‘assujettissement à l’ISF, et jette l’opprobre sur la fourmi qui a économisé pour constituer un patrimoine, en portant au pinacle la cigale qui a tout flambé dans la bamboche (la cigale étant, comme chacun sait, bien plus fiable et digne de confiance que la fourmi ; tout le monde a terriblement envie de lui confier ses petites affaires).

Moins de patrimoine tu as, meilleur ministre tu es. S’il y a un remaniement dans les prochains mois, Hollande devrait donc en toute logique aller recruter ses ministres « exemplaires » dans les dossiers contentieux de CETELEM. Avec une équipe de surendettés aux manettes, nous devrions sortir très rapidement de la crise.

Mais la réalité des faits importe peu. Puisque tout cela n’est pas une réforme mais une campagne de com’. Et quiconque a approché une fois dans sa vie un publicitaire le sait bien : une communication réussie n’est pas affaire d’analyse mais d’émotion immédiate et de réflexes archaïques primaires. Hollande dit patrimoine et les Français sont aussitôt censés penser paternité, transmission, pérennité, thésaurisation et gros cigare. Beurk ! Ne reste plus, espère-t-il, qu’à agiter sa trouvaille, cette fameuse déclaration valant certificat de bonne conduite, comme une guêpière aguicheuse devant ceux qui ont été ses électeurs. Mais si, pour éteindre un incendie, il suffisait d’une guêpière, les pompiers seraient habillés autrement. Feu Cahuzac, feu Aulnay, feu Mariage pour tous, sur lesquels souffle le vent de la crise… Côté gouvernement, tout porte à croire qu’il n’y aura bientôt qu’un tas de cendres. Mais les incendies ne tuent pas que les pyromanes. Et pour l’opposition, cela commence aussi à sentir le roussi. Pas assez de convictions, trop de compromissions alliées à trop de déceptions.

70 % des Français ont perdu confiance dans leurs politiciens, et pas seulement dans le gouvernement. Entre la classe politique et les Français, le torchon brûle. Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

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