L'Union chrétienne-sociale (CSU), branche bavaroise de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de Mme Merkel, a remporté une victoire éclatante dans le scrutin régional qui précédait d’une semaine les générales de dimanche prochain en Allemagne. La CSU dirige ce Land catholique prospère et à l'identité très forte sans discontinuer depuis 1956 et n’a jamais caché ses convictions fortement ancrées à droite. En Bavière, la CSU défend plus volontiers les femmes qui veulent rester à la maison, ou encore les valeurs traditionnelles comme la promotion de la Leitkultur allemande (culture de référence/culture dominante). Par ailleurs, elle ne cache pas sa méfiance vis-à-vis de l’immigration, estimant, selon son président, que la Bavière n’avait « plus besoin d’immigration en provenance d’autres zones culturelles »

Voilà au moins qui a le mérite d’être clair, comme l’est également la méfiance de la Bavière face aux empiètements de l’État fédéral allemand et de l’Union européenne. La CSU ne se gêne pas pour fustiger les « mauvais élèves » de l'Europe et n’apprécie guère de « payer pour les autres en Allemagne ». Fière de son histoire, de sa monarchie, de sa bière, de ses culottes de cuir, de Bayreuth et de Wagner, la Bavière est un univers à part, un « État libre »Freistaat – en Allemagne. C’est aussi au cœur de ce Land « bleu et blanc » que l’économie est la plus prospère et le chômage le plus faible.

Ce score quasi historique de la CSU n’a rien d’étonnant… et l’on ferait bien de le regarder de plus près à l’UMP. Mais ce résultat devrait surtout servir de leçon à la CDU de Mme Merkel, plus soucieuse de donner des gages aux Verts – avec la sortie du nucléaire – et aux libéraux de sa coalition – avec l’abolition du service militaire. Ce faisant, la chancelière a de toute évidence joué le mauvais cheval : la déconfiture en Bavière de son allié gouvernemental – le parti libéral FDP – est à cet égard sans appel et elle a même de fortes chances de se répéter sur le plan national. Si ces mêmes libéraux ne franchissent pas la barre des 5 %, ce sera la fin de la coalition avec les démocrates-chrétiens voulue par après les fédérales de 2009. Il lui faudra alors composer du côté de la gauche (grande coalition CDU-SPD ou alliance avec les Verts), ce qui rendrait sa position de chancelière « pure et dure » plus discutable et l’affaiblirait sur le plan européen.

L’autre inconnue de taille de ces est le score que fera le nouveau parti de droite – Alternative pour l'Allemagne (AfD) – dont le principal thème de campagne est « la désintégration ordonnée de la zone euro » et le retour au deutschemark. L’AfD ne veut plus payer pour le sauvetage des pays européens en faillite dont le total se chiffrerait à plus de 600 milliards d’euros, « le plus grand gâchis financier depuis 1923 ». Ce nouveau parti souverainiste arrivera-t-il aux 5 % nécessaires pour entrer au Bundestag ? Créée au printemps dernier, l’AfD embarrasse les instituts de sondage et les politologues. Ils reconnaissent manquer de recul pour mesurer son impact, qu’ils situent aux alentours de la barre fatidique. Ce qui est sûr, c’est que l’AfD, à l’image de la CSU, rognera sur l’électorat de droite des conservateurs et des libéraux. Et c’est lui qui pourrait être dimanche l’arbitre de ces à haut risque pour Mme Merkel, s’il entre au Bundestag au détriment de la FDP. Le recours à une grande coalition entre la CDU et les sociaux-démocrates du SPD semble dès lors inévitable, une coalition de la carpe et du lapin dont les Verts seront les dindons de la farce…

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19 septembre 2013

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