Peu après minuit (heure d’entrée en vigueur du cessez-le-feu, ndlr), des lances-missiles multiples Grad ont atteint le centre du village de Popasna et tué deux civils, a annoncé Guennadi Moskal, gouverneur pro-Kiev de la région de Lougansk. Les autorités ukrainiennes ont précisé que les combats avaient cessé sur quasiment toute la ligne de front après 03H00.

Se pose immédiatement une question gigogne : cet accord sera-t-il respecté… s’il connaît seulement un début d’exécution ? Interrogation pertinente au vu de l’intensification des combats dans la ville martyr de Debaltseve et de l’orage d’acier qui s’abat à l’heure actuelle sur Donetsk. En outre, qui en sont les garants ? En l’état des choses, rien ni personne ne semble pouvoir en imposer l’application sur le terrain.

Remarquons que, parmi toutes les parties concernées ou impliquées dans le conflit, seules quatre étaient présentes à Minsk au chevet de l’ moribonde : son président, l’oligarque Porochenko, la chancelière allemande Merkel, le Français Hollande et le président russe Poutine. Quid de Federica Mogherini, haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de ? Pourquoi les Premiers ministres du Royaume-Uni et de la – ce dernier pays étant l’un des protagonistes du drame, ne serait-ce que par ses liens militaires avec Kiev – étaient-ils absents ? Quid, également, de M. Obama ? Malgré tout assis par procuration à la table des négociations en la personne de M. Porochenko. Lequel, à intervalles réguliers, s’en éloignait pour aller, dit-on, consulter par satellite la Maison-Blanche sur la conduite à tenir (qu’accepter, que refuser) ! On pourrait, de cette façon, gloser longuement sur des absences qui donnent néanmoins une indication quant au degré de viabilité d’un accord conclu hors d’un consensus fort.

Car de quels moyens le couple biscornu franco-allemand disposerait-il pour garantir la durabilité d’un cessez-le-feu conclu sans y associer l’ensemble des parties prenantes ? Si les représentants des Républiques de Donetsk et de Lougansk étaient présents dans une salle adjacente, a contrario les milices pro-gouvernementales – bras armé de certains oligarques, véritables néo-féodaux – n’ayant pas été consultées, elles ne sont en conséquence pas tenues par des dispositions adoptées sans leur consentement.

Il va de soi que les parties non présentes ne sont a priori ni liées ni engagées par les termes de l’accord. Resterait d’ailleurs à savoir si M. Porochenko sera lui-même en mesure d’honorer sa signature ? En Ukraine, la mobilisation en cours montre l’extrême désaffection des populations à l’égard du gouvernement central : dans certaines , en effet, seuls 20 % des appelés se présentent à l’incorporation ! De facto, l’Ukraine n’existe pour ainsi dire plus en tant qu’État. Cela malgré les 15 milliards d’euros que promettent en principe les privées et les 40 milliards de dollars sur quatre ans qu’annonçait à l’heure des négociations le Fonds monétaire international.

Enfin, M. Hollande, lors d’un point de presse conjoint avec Mme Merkel, a qualifié l’accord de “règlement politique global du conflit ukrainien”. De quel règlement global s’agit-il ? La question de la Crimée a-t-elle été évoquée ? Non ! Mais alors le problème reste entier et l’on voit bien ici que l’accord n’a été conclu que pour donner le change, pour laisser à Porochenko le temps d’achever la mobilisation de ses réservistes et aux armes défensives-létales américaines d’arriver… Ceci afin de tenter de renverser le cours d’une guerre intérieure commençant à ressembler furieusement à une débâcle. Bref, les signataires n’ont, en fait, signé à Minsk qu’une sorte de déclaration commune de bonnes intentions visant à pérenniser la et l’intégrité territoriale ukrainienne, tout en affirmant « endosser » – ce qui ne veut rien dire – un document intitulé « paquet [package] de mesures ». Document qui reprend, pour l’essentiel, le protocole de Minsk du 5 septembre 2014, dont à ce jour l’échec est patent.

Au final, le pessimisme est de rigueur. Nombre d’observateurs concluent à présent que, les voies de la négociation étant épuisées, la guerre ouverte doit devenir la conclusion logique de la tragédie ukrainienne. D’autant que Washington entend obtenir un changement de régime à Moscou comme à Damas, et que la guerre, si elle a lieu, se déroulera en Europe orientale, c’est-à-dire loin des rivages américains.

15 février 2015

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