On en apprend un peu plus chaque jour sur le déroulement des attentats du 13 novembre et sur l’itinéraire d’Abdelhamid Abaaoud, le « cerveau » présumé des opérations. Le procureur de a ainsi déclaré mardi que le djihadiste était très probablement revenu en métro sur les lieux, notamment près du Bataclan, juste avant l’arrivée de François Hollande. Cette révélation appelle un double commentaire.

D’abord, on ne peut qu’admirer les moyens d’investigation mis en œuvre : géolocalisation de portable, vidéosurveillance, examen d’ADN ont permis de retracer le parcours du terroriste, presque comme si on y était, jusqu’à son rendez-vous, deux jours plus tard, avec sa cousine Hasna Aït Boulhacen : il est sorti d’un buisson à Aubervilliers, avant de monter dans sa voiture. Mais on peut s’étonner qu’avec de tels moyens techniques, des attentats de cette envergure, pourtant prévisibles, n’aient pu être prévenus. L’ancien juge antiterroriste n’avait-il pas annoncé, début octobre, que « le pire [était] devant nous » et que la était devenue pour l’ « l’ennemi n° 1 » ? Il a même récemment précisé sur France Inter avoir « été averti depuis août qu’il y aurait un contre une salle de concert ».

Ensuite, il est légitime de s’interroger sur les risques encourus par le chef de l’État qui, à quelques minutes près, se serait retrouvé à proximité du Bataclan en même temps qu’Abdelhamid Abaaoud : on ignore, pour le moment, les raisons de son retour sur les lieux, mais il aurait pu perpétrer un nouvel attentat. Sans doute est-il compréhensible que François Hollande ait souhaité se rendre compte par lui-même de la situation, mais il est aussi de son devoir de protéger le chef de l’État, dont on attend avant tout qu’il agisse. On ne peut malheureusement pas écarter l’hypothèse qu’il ait une fois de plus cédé, même en ces circonstances tragiques, à la tentation de la .

Pour lutter contre le , il faut une véritable volonté politique, dont il n’a pas véritablement fait la preuve avant les attentats. Il essaie, après coup, de se rattraper, mais il a beaucoup à faire et ne s’en sortira pas par un jeu d’apparences. Il n’est guère crédible quand il prétend que la Russie a rejoint la position française, alors que, de toute évidence, c’est sa propre position qui a évolué. Il n’est guère crédible quand il feint de croire que les frappes aériennes en Irak ou en Syrie pourraient vaincre l’État islamique : elles sont, sans doute, nécessaires mais ne sont pas suffisantes. Elles ne détruiront pas la détermination des « Français » et des « Belges » qui, à l’intérieur même de nos frontières, ont la haine de la France et des valeurs que l’ continue, peu ou prou, de porter.

François Hollande veut apparaître comme un grand stratège, un rempart contre le djihadisme : il s’y prend un peu tard et bien maladroitement. L’opposition a beau jeu de lui reprocher de n’avoir pas agi plus tôt et ses efforts de communication restent stériles.

26 novembre 2015

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