Le secrétaire d’État Alain Vidalies, pour justifier les mesures qu’il propose contre le terrorisme ferroviaire, notamment les contrôles aléatoires, déclare qu’il préfère « qu’on discrimine effectivement pour être efficaces plutôt que de rester spectateurs ». Je partage tout à fait son point de vue et regrette que, sous la pression de la bienséance socialiste, il ait un tantinet infléchi son propos.

Cependant, quand il refuse que nous soyons de simples témoins des violences et des agressions susceptibles d’être commises dans les trains sans devenir des acteurs, il aborde de cette manière la problématique du courage et de l’héroïsme.

Avant de l’analyser, tout de même, on a le devoir de s’interroger sur l’itinéraire de ce marocain Ayoub El Khazzani, clairement solidaire de la mouvance islamiste radicale, connu de nombreuses polices d’Europe et ayant laissé sa trace en Espagne, en Belgique, à Berlin, en France, notamment en Seine-Saint-Denis. Il faisait l’objet d’une fiche S incitant à le surveiller mais ne donnant pas le droit de l’interpeller.

[…]

Sans soutenir absurdement que l’imprévisibilité terroriste pourrait être à tout coup entravée, les carences répétées des services de renseignement obligent à questionner leur fiabilité. […] Ce n’est pas la peine d’inventer des mécanismes de plus en plus sophistiqués et théoriquement protecteurs si, en définitive, pour nous sauver, nous ne pouvons compter que sur des héros de hasard et célébrés par une Légion d’honneur à hauteur de leur immense mérite. Mais ces audacieux ne doivent pas nous masquer nos dysfonctionnements structurels.

Le courage et l’héroïsme. S’il fallait distinguer ces deux vertus, ces deux attitudes, je définirais le premier comme à moindre risque alors que le second, quand il se manifeste, fait toujours apparaître une menace grave sur l’intégrité de celui qui en fait preuve. Le courageux se bat, résiste, n’a pas peur mais le héros sait qu’il met son existence en péril. La mort est l’horizon de l’héroïsme quand le courage se laisse une chance.

Je me sens infiniment humble face à ces comportements, moi qui n’ai jamais eu du courage physique – je déteste recevoir des coups autant qu’en porter – ni pris le courage intellectuel pour un exploit mais comme une évidence.

Pour ces quatre héros décorés (ces trois Américains et cet Anglais), sans oublier le professeur franco-américain qui le sera également […], l’héroïsme a été justement une évidence, le réflexe de personnalités d’élite, militaires ou non, qui, sans atermoyer une seconde, s’en sont pris au terroriste et l’ont empêché d’accomplir jusqu’au bout son odieux projet. Il y a là, dans cette audace immédiate, quelque chose qui nous renvoie, les uns et les autres, à notre condition moins exemplaire. […]

Si l’héroïsme, dans des circonstances tragiques, peut parfois survenir comme une folie, un miracle de la part des êtres les plus éloignés de cette témérité, cela tient souvent à la splendide contrainte de l’image de soi ou de cette esthétique à la fois glorieuse mais imprudente qui vous incite à vous dépasser pour ne pas ressembler à ce que vous êtes mais atteindre ce que vous voudriez être.

J’éprouve un respect infini pour ces hommes qui, modestes, ne tirant rien d’autre de leur action que le sentiment d’avoir accompli ce qu’ils devaient, ont évité un désastre criminel.

D’autant plus que j’aurais rêvé d’être à leurs côtés mais que je les aurais sans doute regardés me sauver.

Mieux vaudrait une politique enfin vigoureuse et fiable, une démocratie armée et sans naïveté, que des héros dont l’humanité ne regorge pas.

Extrait de : Héroïsme : évidence ou folie ?

25 août 2015

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