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Agriculture - Culture - Editoriaux - Politique - Sciences - Table - 2 juillet 2016

Michel Rocard : disparition d’un homme complexe

s’est éteint le 2 juillet à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière où il avait été admis il y a quelques jours. Il avait 85 ans. Né le 23 août 1930 à Courbevoie, il était le fils d’Yves Rocard (1903-1992), l’un des pères des bombes A et H françaises. Autant son père était conservateur, autant lui était attiré par la gauche. Après Sciences Po où il côtoie, notamment, Jacques Chirac et Robert Pandraud, il intègre l’ENA, d’où il sort en 1958, en pleine guerre d’Algérie (promotion 18 Juin). Il en dénonce les travers au point que le Premier ministre, Michel Debré, tente de le révoquer. En vain. Cofondateur du Parti socialiste unifié (PSU), il se présente à l’élection présidentielle de 1969 à laquelle il recueille 3,61 %. Celui que les scouts unionistes avaient baptisé « Hamster érudit » s’affirme alors comme un homme qui compte, à mi-chemin entre la social-démocratie et Mai 68. Ce partisan de l’autogestion à la mode yougoslave gagne en notoriété quand il parvient, en 1969, à battre, dans une élection partielle législative, le Premier ministre Maurice Couve de Murville.

Volontiers réformateur, il se heurte à l’ascension irrésistible de François Mitterrand qui parvient, en 1971 au congrès d’Épinay, à rassembler en partie une gauche divisée. Pensant faire une OPA sur le PS, il appelle à voter Mitterrand à la présidentielle de 1974 mais est mis en minorité quelques mois plus tard quand il propose au PSU de rejoindre le PS. La présidentielle de 1981 scelle le destin des deux hommes : Rocard se présente mais Mitterrand, plus légitime, devient le candidat naturel. Rocard doit s’effacer. La rupture est brutale. Rocard sait, à ce moment-là, qu’il ne sera jamais chef de l’État. La détestation des deux hommes est telle que de nombreux analystes politiques diront que les trois ans (1988-1991) pendant lesquels Michel Rocard a été le Premier ministre de François Mitterrand peuvent être considérés comme une véritable cohabitation. La rupture est totalement consommée quand Mitterrand vire Rocard sans ménagement de Matignon en 1991. Il était simplement jaloux de la popularité de son chef de gouvernement…

Michel Rocard aura été trois fois ministre (Plan, Agriculture et Premier ministre) entre 1981 et 1991. Il aura occupé cette fonction pendant sept ans. Un septennat pendant lequel il aura essayé d’améliorer le sort des ménages modestes. C’est à lui que l’on doit, notamment, le revenu minimum d’insertion et la contribution sociale généralisée. En dehors de ces deux réformes, que retenir de l’homme de la « deuxième gauche » ? Sans doute cette phrase à la fois lucide et inquiétante, à l’image du personnage : “La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre fidèlement sa part.” Artisan des accords de Matignon pour l’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie, il termine sa carrière politique au Parlement européen et, dans un éclair de lucidité, publie un essai avec Pierre Larrouturou prédisant la fin de la croissance.

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