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Editoriaux - Entretiens - Médias - Politique - Presse - Télévision - 22 septembre 2015

Michel Rocard, un amnésique cynique ?

“Ça fait longtemps que l’homme politique a perdu le pouvoir au profit des grandes banques. Le consortium des grandes banques systémiques a pris le commandement de la planète sur l’organisation financière, résultat : la crise. Et, deuxièmement, tous les gouvernants d’aujourd’hui savent qu’un grand projet d’importantes réformes ne peut passer que si les directeurs d’antennes de télévision du journal de 20 h sont d’accord avec.”

De qui sont ces propos ? De Jean-Luc Mélenchon ? De Marine Le Pen ? Ils viennent de , arrivé à l’île de La Réunion pour y donner trois conférences en rapport avec ses fonctions d’« ambassadeur aux pôles arctique et antarctique », prises en 2009, sous Nicolas Sarkozy, en conclusion d’une interview accordée à une chaîne locale. Des inutiles qui nous coûtent très cher, les dirigeants politiques ? Des médias aux ordres de la finance, la quasi-totalité de la presse appartenant à des groupes financiers ? Quel malheur que semblables propos ne puissent être tenus, justement, ailleurs que sur une chaîne locale !

Pour Michel Rocard, les hommes politiques – “les pauvres !” dit-il – sont “des brancardiers qui n’y peuvent RIEN” ! Pourquoi ? À cause d’une vue “à court terme” qui leur est imposée. Pire : “La science économique s’est trompée et nous a engagés sur des paradigmes faux.” Après plus de soixante ans passés en politique, il était temps de s’en rendre compte…

En outre, toujours selon l’ancien Premier ministre, il faut faire un “effort de pensée intellectuelle pour organiser différemment la circulation de l’argent et son utilisation parmi les hommes, notamment entre la part du public et la part du privé”. Il estime même que la “prise de conscience que la pensée financière a désorganisé le monde et l’a mis par terre n’est pas finie” et qu’il faut repenser… “le logiciel du capitalisme”. Première nouvelle ! Michel Rocard n’était donc pas socialiste ?

Et il ne manque pas d’air, le père du RMI, quand il dénonce à maintes reprises le “court-termisme” des politiques ! Ou lorsqu’il évoque l’incapacité de l’ONU à éviter les guerres dans le monde sans en dévoiler les raisons. Ou, encore, tandis qu’il parle des atouts de La Réunion dans la mondialisation alors que c’est précisément celle-ci qui conduit à l’importation de cent produits contre quatre exportés. Au profit, bien évidemment, des grandes enseignes et au détriment des petits producteurs.

Alors… mauvaise conscience, Michel Rocard ? Dans un livre d’entretiens, comme le lui rappelle le journaliste, il écrit “aux générations futures en espérant qu’elles nous pardonneront”.

Cynique, plutôt.

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