Culture - Editoriaux - Le débat - Politique - Santé - Table - 12 juin 2015

Michel Onfray fabule sur “l’islam républicain”…

Le débat organisé dans le cadre du Festival de Nice le 5 juin 2015 entre Éric Zemmour et Michel Onfray a été l’occasion, pour ce dernier, de se refaire une santé antiraciste et républicaine après qu’une série de prises de position a pu un temps le confondre, hypertrophie médiatique oblige, avec les ignobles réactionnaires de France.

Onfray, caméléon courageux mais pas toujours téméraire, est un maître lorsqu’il s’agit de faire un pas devant et deux pas en arrière. Face à Éric Zemmour le méchant, Onfray voit dans ce débat l’occasion de créer le savant contraste qui fera de lui le gentil pourfendeur des excès zemmouriens.

Ainsi donc, l’athéologue qui se positionne en ennemi du monothéisme depuis des années devient-il un sage monsieur qui propose, finalement, que l’on s’arrange avec l’islam si celui-ci peut devenir un « islam républicain » ; ce dont il est d’ailleurs convaincu, il a même l’amabilité de nous fournir la notice de fabrication de cet islam : “Dans le Coran, il y a des passages violents et d’autres non, gardons seulement les non violents, ça fera un islam républicain.” Ah ! Comment diable n’y avons-nous jamais pensé avant ! La République devient l’antidote et le gage de la non-violence, ce qui ne laisse pas de surprendre venant de celui qui, dans L’Art de jouir (publié en 1991), tenait « les idéaux de 89 » pour « austères et spartiates » et la « fraternité révolutionnaire » pour une « pure et simple reprise de l’enseignement évangélique ». En somme, tout ce qu’il a combattu devient la solution dans un numéro d’acrobate que l’on expliquera, selon que nous sommes favorables ou non à Onfray, soit par la maturation de la pensée, soit par le sens du vent.

Lorsque Michel Onfray propose, pour faire accepter l’islam à la France (car c’est bien de cela qu’il est question, et uniquement de cela), qu’on le conforme à la République, seul filtre et seule condition possibles, qu’est-ce qui le sépare d’un Cambadélis qui déclare qu’il ne « sait pas ce qu’est l’identité française » mais seulement « l’identité de la République » ? Qu’importent la culture française de fond, ses traditions et tout ce qui, dans notre identité, provient des siècles ; il suffit, pour se joindre à la fête, que la République, qui s’est concrètement construite en opposition à cette culture française de fond, dise son « oui » magique.

Michel Onfray et ceux qui sont sur la même ligne que lui ont l’air de croire encore que la République a les moyens idéologiques et politiques de décider, de gérer, d’organiser les lendemains comme si elle était maîtresse de la situation. Ce n’est pas le cas : leur République est morte debout, prête à s’écrouler à la moindre secousse, dépassée par les bouleversements qu’elle a provoqués, ne tenant plus que sur deux béquilles instables et fébriles dont une vient de changer de nom tout récemment.

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