La Maison-Blanche s’apprête à déclassifier le document qui incrimine le prince héritier saoudien dans le meurtre de Jamal Khashoggi, relate Le Point, le 25 février. Revenons sur cette affaire. Le 2 octobre 2018, le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, employé du Washington Post, était démembré dans les locaux du consulat de Riyad à Istanbul. Dès le début de l’affaire, on voyait assez bien la touche délicate des services secrets de la monarchie wahhabite, tout en nuances et à peu près aussi discrète qu’un Louis de Funès parti à la aux nudistes à Saint-Tropez.

Effectivement, ne manquaient plus que gyrophares et annonces télévisuelles, les spadassins saoudiens ayant été acheminés en Turquie dans un avion appartenant à une société appartenant elle-même au prince Mohammed ben Salmane, dirigeant de fait ; son père, le roi Salmane ben Abdelaziz ben Salmane, étant passablement fatigué, fort de 85 printemps au compteur.

À l’époque, l’affaire fait grand bruit, même si Donald Trump, président américain en exercice, fait tout pour en atténuer les conséquences internationales. Il assure au journaliste Bob Woodward [l’homme qui, avec Carl Bernstein, a fait tomber le président dans l’affaire du Watergate, NDLR] : « J’ai sauvé la peau de Salmane […] J’ai réussi à faire en sorte que le Congrès le laisse tranquille. »

Résultat ? Un arrangement qui permet à la Justice saoudienne de blanchir Mohammed ben Salmane, au même titre que son proche conseiller, Saoud el-Qahtani, et l’ancien numéro deux des services secrets saoudiens, le général Ahmed al-Assiri. Pour donner un peu de lustre à cette parodie de justice, cinq lampistes sont tout de même condamnés à , peines finalement commuées en vingt ans de prison. Avant qu’ils ne soient condamnés à vie à boire des mojitos sur les plages de Dubaï ?

Quant au principal donneur d’ordres présumé, Mohammed ben Salmane, qui a alors table ouverte à la Maison-Blanche, il fait gentiment amende honorable devant les journalistes de CBS News en affirmant assumer la « totale responsabilité » du meurtre en question tout en démentant en avoir été le donneur d’ordres. Plus jésuite, on ne fait pas.

Pourquoi Donald Trump sauve-t-il, à l’époque, Mohammed ben Salmane ? Tout simplement parce qu’il a besoin de ce prince turbulent pour parachever le remodelage de la région, celui de cet axe unissant Saoudiens, Israéliens, Égyptiens et Émiratis contre celui formé par l’, la Turquie et le Qatar. Au passage, il est malgré tout à mettre au crédit de Donald Trump d’avoir obtenu de l’ancestral allié saoudien qu’il renonce à son financement du wahhabisme planétaire, ce qui n’est pas tout à fait rien, en ces temps de terrorisme galopant.

De fait, la sortie « humaniste » de consistant à exiger de l’ qu’elle rende enfin des comptes sur l’assassinat de Jamal Khashoggi ne modifie en rien l’équilibre du monde. C’est juste la même politique qui perdure, même si exprimée par d’autres mots tout en perpétuant les mêmes moyens. Certes, les accords de Quincy, signés en 1945 – pétrole contre sécurité -, entre Washington et Riyad sont toujours d’actualité. Mais il faut encore savoir que les USA, avec le gaz de schiste, ont de moins en moins besoin de l’or noir saoudien. L’Arabie saoudite demeure donc un allié utile (surtout lorsque principal acheteur d’armes américaines), mais finalement pas si indispensable que ça.

Si l’on résume, Donald Trump a fait, en la matière, le gros du travail que Joe Biden ne fait que parachever. Les présidents passent, la raison froide des États demeure. Et tout le bruit que fait le nouvel hôte de la Maison-Blanche sur Jamal Khashoggi, journaliste lui aussi éliminé au nom de la raison d’État, risque bien de demeurer sans écho. Ainsi va le monde…

26 février 2021

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