Meurtre d’Alban Gervaise : « abandonnée » par la Justice, son épouse veut changer la loi

Les familles ont le sentiment de "ne pas être considérées en tant que victimes", explique Chr. Gervaise à BV.
Christelle et Alban Gervaise
Christelle et Alban Gervaise

Marseille, mai 2022. Alban Gervaise est dans sa voiture avec sa petite fille alors âgée de 20 mois. Il se trouve devant l’école de ses deux garçons et attend leur sortie de classe lorsqu’un homme, Mohammed L., pénètre dans le véhicule et le poignarde mortellement. Trois ans plus tard, après être passé par les Baumettes, une unité pour malades difficiles (UMD) et une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA), le meurtrier du médecin militaire de 40 ans est déclaré pénalement irresponsable par la cour d’appel d’Aix-en-Provence le 25 juin 2025. Il est interné. Il ne le sera que pendant un an. En mai 2026, ses psychiatres demandent la levée complète des soins. Il est alors autorisé à rentrer chez ses parents le soir et les week-ends.

Quelques jours après cette décision, Boulevard Voltaire avait rencontré Christelle Gervaise, sa veuve. Elle s’était montrée marquée mais déterminée à continuer le combat, pour elle, pour ses enfants et pour toutes les autres familles de victimes confrontées à l’irresponsabilité pénale des meurtriers de leurs proches. En juillet 2026, accompagnée par le cabinet Briard, Bonichot et associés, elle forme un pourvoi en cassation et demande ainsi à la plus haute juridiction de prendre position sur deux sujets : les mesures de sûreté et le régime de l’irresponsabilité pénale, via une question prioritaire de constitutionnalité (QPC).

Le premier volet concerne spécifiquement Mohammed L. Christelle Gervaise et ses avocats espéraient que la Cour de cassation juge « la motivation de la chambre d'instruction insuffisante ». En conséquence de quoi, l’affaire « aurait été renvoyée à une chambre de l'instruction qui aurait dû motiver de façon plus approfondie la décision de ne pas prononcer de mesure d'éloignement. Et une motivation plus importante aurait pu permettre de prendre en compte la vie familiale de Christelle Gervaise et, pourquoi pas, de prononcer une mesure d'éloignement », confie Me Bonichot, le conseil de Christelle Gervaise, à Boulevard Voltaire. Cela n’a pas été le cas.

Délaissée

Pour Christelle Gervaise, cette situation est d’autant plus anormale qu’elle a dû prendre ses dispositions pour s’éloigner du meurtrier de son mari, comme elle l'explique à BV : « Je ne pouvais pas imaginer qu'il sache où étaient mes enfants et qu'il puisse nous croiser parce qu'il voulait revoir le site de l'agression. » Elle les a changés d’établissement scolaire à la rentrée 2025. En plus du choc et du deuil, sa famille a été contrainte de « perdre des repères ». « C'est quand même assez simple de protéger les familles. De les aider à se reconstruire en disant juste que cette personne-là n'a pas le droit de venir à Marseille, sachant qu'il peut être pris en charge partout », confie la mère de famille « abandonnée » par la Justice.

La seconde requête visait à « remettre en cause la loi sur les responsabilités par l'intermédiaire d'une question prioritaire de constitutionnalité ». L’avocat détaille : « À l'heure actuelle, en matière d'irresponsabilité pénale, il existe une dérogation : l'on ne peut pas se prévaloir de l'irresponsabilité pénale s'il est démontré que l'abolition temporaire du discernement résulte de la prise volontaire de substances psychoactives dans le but de commettre un crime. » Une dérogation née de l'affaire Sarah Halimi « beaucoup trop restrictive et impraticable » que Christelle Gervaise et ses conseils comptaient faire évoluer. La Cour de cassation n’a pas donné suite, arguant que cette question ne concernait pas directement l’affaire puisque « personne n'a pu démontrer qu'il y a eu des substances psychoactives qui ont été consommées par Mohammed L. dans le but de commettre l’agression ».

Et maintenant ? « Sur l'aspect judiciaire, on est vraiment allé au maximum de ce qu'on pouvait faire », souligne Christelle Gervaise, qui espère désormais « obtenir une évolution de la loi ». « Pour cela, il va falloir peser sur le débat sur le plan législatif et politique, mettre le débat au centre des réflexions », ajoute-t-elle, avant de préciser qu’elle a « un projet de livre qui parlera de la question de l'irresponsabilité pénale pour 2027 », année électorale. Me Bonichot complète : « Nous avons mûri le sujet assez fortement avec Christelle Gervaise et maintenant, nous avons une série de propositions d'évolution législative rédigées que nous allons proposer. » Une mesure d’éloignement systématique en cas d’irresponsabilité pénale en est une.

Pas désarmée

Le combat de Christelle Gervaise a changé de dimension. « Ce qui n’était, au départ, qu’un combat personnel est devenu un combat de société », analyse son avocat. Ce, parce qu’elle « s'est rendu compte qu'elle n'était pas du tout seule dans cette situation. Il y a, en réalité, d'assez nombreux crimes qui donnent lieu à des décisions d'irresponsabilité pénale. »

Dans ces cas, toutes les familles de victimes ont le sentiment de « ne pas être entendues et pas considérées en tant que victimes à part entière », explique Christelle Gervaise. Il y a un réel malaise entre les familles des victimes et la Justice, voire entre les Français et la Justice. « Les gens n'ont plus confiance en la Justice. Il y a beaucoup de personnes qui veulent se faire justice elles-mêmes. C’est très inquiétant. Il y a urgence à réformer la loi pour que les Français puissent retrouver confiance envers le système judiciaire. » Avec force et courage, à peine plus de quatre ans après le meurtre de son mari Alban, Christelle Gervaise entend bien être l’un des moteurs de la révolution.

Vos commentaires

27 commentaires

  1. Si les soins ont été arrêtés, c’est donc qu’il est sain d’esprit. On peut donc le « mettre en cabane » à présent,non ?

  2. Etre déclaré pénalement irresponsable signifie que vous constituez un danger permanent. La conclusion s’impose = Réclusion à perpétuité.

  3. Je l’a trouve bien courageuse, en espérant qu’elle parvienne à faire évoluer les lois qui punissent de manière laxiste, les criminels qui sortent de prison quelques années après, et les fous furieux qui tuent sont enfermés pendant 1 ou 2 ans et qui sortent, avec le risque de la récidive … merci à ces juges d’opérette.

  4. Une situation intolérable que dénonce L’Institut pour la Justice de manière récurrente. Nous devons être nombreux à adhérer ou à être sympathisants de cette association si nous voulons que la justice change. Car plus nous serons nombreux face aux députés pour demander que les lois soient réformées, dans l’intérêt des victimes, plus nous aurons de chance qu’elles le soit.

  5. On donne trop d’importance aux personnes qui commettent des actes irréparables à leurs trouver des solutions de réadaptations, qui ne passeront pas toutes leurs années de condamnations en prisons avec les remises de peines et pendant ce temps les victimes et leurs familles sont mises de côtés. Pour eux c’est la perpétuité.

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