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Editoriaux - Religion - 20 décembre 2015

Mère Teresa : une (sainte) femme comme les autres

Anjezë Gonxha Bojaxhiu, dite , sera donc canonisée en 2016, très certainement le 4 septembre prochain, soit 19 ans jour pour jour après sa mort. Le Vatican vient de lui attribuer un deuxième miracle, celui d’un Brésilien souffrant de multiples tumeurs au cerveau. L’homme, dans le coma, a guéri après que sa femme a prié pour que lui vienne en aide. La première guérison inexpliquée à être attribuée à la future sainte l’a été en 2002 avec la guérison d’une jeune femme bengalie de 30 ans souffrant d’une tumeur abdominale. Le deuxième miracle lui permet ainsi de passer de la béatification à la sainteté.

Les saints sont les témoins de l’amour de Dieu et la sainteté se caractérise par un lien étroit entre la religion et le sacré, entre l’homme/la femme et Dieu. Les saints sont des exemples à suivre et ils peuvent intercéder en notre faveur. Mais les hommes et les femmes qui ont été sanctifiés sont avant tout des hommes et des femmes comme les autres. Ainsi Mère Teresa, qui a laissé une abondante correspondance, confessait avoir des doutes sur sa foi, allant même jusqu’à vivre l’épreuve de l’abandon de Dieu. Elle s’est confiée aussi sur ses passages à vide, ses désirs, ses frustrations.

En ce sens, la sainteté ne doit pas être confondue avec la perfection morale. Les exemples sont célèbres : saint Paul (Saul) qui, parce qu’il est un dévoué zélateur des Pharisiens, persécute les premiers chrétiens, allant jusqu’à participer à la lapidation de saint Étienne. Saint Pierre, qui a renié trois fois le Christ et qui a pourtant été la pierre sur laquelle le Christ a bâti son Église. Saint Julien (l’Hospitalier), dont on dit qu’il tua ses parents… Et même si elle n’est pas sainte mais qu’elle mériterait peut-être de l’être, Sœur Emmanuelle (1908-2008), qui a passé une grande partie de sa vie auprès des chiffonniers du Caire, n’a pas caché sa condition de femme. Elle a expliqué sans détour, dans son ouvrage posthume Confession d’une religieuse (Flammarion, 2008), son expérience du désir sexuel. Elle avait pourtant une foi chevillée au corps.

Car accéder à la sainteté ne signifie pas que l’on soit parfait et que toute la vie soit placée sous le signe de la pureté comme les cathares le souhaitaient. Ce qui leur a notamment valu d’être déclarés hérétiques. Cette canonisation de Mère Teresa, fruit d’une longue et rigoureuse procédure, est aussi un hommage à une autre sainte qu’elle avait prise pour modèle, une Française : sainte Thérèse de Lisieux, dont les parents Louis et Zélie ont aussi été (chose rare) canonisés.

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