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Editoriaux - Politique - Religion - Table - 15 septembre 2016

Mère Teresa est à présent sainte Thérèse de Calcutta

Le 4 septembre dernier, le pape François a procédé à la canonisation de , désormais sainte Thérèse de Calcutta. Pour l’Église, il fallait la certitude que deux miracles s’étaient produits par son intercession. Mais on sent bien, aujourd’hui, que les démarches lentes et prudentes de l’institution correspondent mal aux exigences de l’opinion publique, fût-elle celle de la communauté des fidèles. “Santo subito”, réclamait-elle à la mort de Jean-Paul II. Sans doute cette confrontation entre une monarchie théocratique et la « démocratie » des foules est-elle le fait nouveau qui marque les rapports du Vatican avec le monde.

L’Église manie avec un certain génie les distinctions subtiles. L’opinion mélange ce tout avec entrain. Que Mère Teresa soit une sainte par ce don de soi absolu qui force l’admiration, beaucoup en sont convaincus au delà-même des croyants. Qu’il ait fallu deux miracles pour le prouver suscite une certaine perplexité.

Mais si on quitte la communauté catholique, on rencontre rapidement des gens chez qui la personnalité de sainte Thérèse de Calcutta éveille des critiques. Son dévouement est salué, mais on regrette qu’il fût accompagné d’un conservatisme religieux et moral qui l’amenait à condamner l’avortement ou le divorce. Pour certains, les chrétiens sont très bons pour les ONG chargées de soigner la souffrance et la misère. Mais leur morale est archaïque, voire réactionnaire. Si on s’éloigne encore, c’est une véritable réprobation qui s’exprime. Elle était hostile à la contraception. Elle pensait que la souffrance était bénéfique, salutaire. Aussi a-t-elle créé non des hôpitaux mais des mouroirs parfois insalubres. Elle a même accepté des décorations de dictateurs. Elle a fait du prosélytisme auprès de mourants, etc.

Ces critiques, quand elles ne sont pas fausses, sont déplacées. Mère Teresa a toujours été très respectueuse des croyances religieuses de ceux qu’accueillaient les différents centres qu’elle avait fondés. Lors du 25e anniversaire de la fondation de son ordre, en octobre 1975, 18 religions présentes à Calcutta ont, d’une manière ou d’une autre, salué son action. Elle n’a jamais mêlé celle-ci à la politique : “C’est une perte de temps pour moi de dire au gouvernement quoi faire. Mon affaire, c’est l’individu.” La désormais « sainte Thérèse de Calcutta » donne une illustration parfaite de la vocation.

Née à Skopje, capitale actuelle de la Macédoine, au sein d’une famille mi-albanaise, mi-roumaine et catholique, dans ce qui est encore l’Empire ottoman musulman, l’appel qu’elle reçoit très jeune pour se consacrer au Christ et, à travers lui, aux pauvres la conduira en Inde, où un “appel dans l’appel” lui fera créer « les Missionnaires de la Charité ». Cette inspiration, cette aspiration transcendent tout : les frontières, les idéologies, les débats théologiques.

On peut s’en offusquer, penser que cette démarche a facilité la confusion entre la charité qui doit aller jusqu’au désir de convertir et la philanthropie où la solidarité humaine prend le pas sur l’amour de Dieu. Ce serait commettre une erreur : son domaine était celui de l’action, au quotidien, pour vivre l’amour du Christ au travers de l’amour du plus pauvre. “Chaque fois que vous l’avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait”, a dit Jésus. Le petit orphelin, le mourant, le lépreux, la personne atteinte du SIDA… Elle a sans cesse élargi le cercle des « pauvres » auprès desquels elle remplissait sa mission en répondant à cette « soif » d’amour qui résumait, pour elle, le message du Christ. Certes, elle n’a guère fait de prosélytisme, mais comment mieux incarner par les actes et par l’exemple l’originalité du christianisme ? La politique ne s’intéresse qu’aux collectivités. Mère Teresa n’aimait qu’une personne à la fois, en qui elle reconnaissait Jésus-Christ.

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