Editoriaux - Justice - Politique - Société - 27 janvier 2016

Merci, Christiane, pour ce moment

Elle a donc fini par démissionner et elle est remplacée par le Monsieur Sécurité du PS, Jean-Jacques Urvoas, jusqu’alors député du Finistère et président de la commission des lois de l’Assemblée nationale.

À la vérité, la position de Christiane Taubira n’était plus tenable et son départ était attendu. Dans ces colonnes, je l’avais un peu anticipé, beaucoup espéré, et je remercie mon intuition de m’avoir donné (trop tôt) raison.

L’ancienne candidate à la présidentielle de 2002 a donc préféré jeter l’éponge et ne pas devenir complice, malgré elle, d’une réforme (celle de la déchéance de nationalité) qu’elle ne pouvait pas et qu’elle ne voulait pas porter. C’est, en effet, un affront qu’elle allait subir mercredi 27 janvier devant la représentation nationale. Car il n’était pas prévu qu’elle défende ce texte toujours sujet à caution. Le Premier ministre en personne avait repris les rênes de ce dossier. C’est plus qu’elle ne pouvait supporter. “Parfois résister c’est rester, parfois résister c’est partir. Par fidélité à soi, à nous. Pour le dernier mot à l’éthique et au droit”, écrit-elle, sibylline, sur son compte Twitter.

Est-ce à dire qu’elle a avalé trop de couleuvres au sein de ce gouvernement ? Quand on fait le bilan, on se rend compte qu’elle a fait pratiquement tout ce qu’elle voulait : vider les prisons, inverser les valeurs de la justice en protégeant les délinquants et les criminels et en incriminant les honnêtes gens, instaurer le mariage pour tous, “l’une des plus grandes réformes de société”, a encore tweeté, en forme d’hommage, Valérie Trierweiler, l’ancienne compagne de François Hollande. Elle a cassé le système judiciaire, s’est mis à dos tout ce que la justice compte de magistrats et d’auxiliaires… Un vrai désastre pour notre pays et ses valeurs.

Une autre question est, aussi, de savoir si elle a vraiment démissionné ? N’a-t-elle pas été poussée à laisser son maroquin ? L’Élysée a fait savoir que la démission de Christiane Taubira était “actée avant le départ en Inde” de François Hollande. En effet, à quinze mois du premier tour de l’élection présidentielle, Christiane Taubira constituait non pas un risque (qui est toujours probable) mais une menace (qui est toujours sûre) pour la candidature et l’éventuelle réélection de François Hollande. Trop à gauche, trop sectaire, trop indépendante, contrairement à sa justice. Bref, c’était un boulet politique dont il fallait à tout prix se débarrasser. C’est chose faite. Pour Hollande, c’est un soulagement. Mais seulement un demi-soulagement.

Car Christiane Taubira, en appliquant la jurisprudence Chevènement – “Un ministre, ça ferme sa gueule. Et si ça veut l’ouvrir, ça démissionne” -, retrouve sa liberté de parole, rien que sa liberté et toute sa liberté de parole. Pas sûr que François Hollande y gagne au change. Il suffirait d’un ouvrage où s’étalent les rancœurs, les coups bas, les trahisons, les désillusions pour casser l’image d’un candidat…

Mais s’il fallait rendre au moins une justice à Christiane Taubira, c’est d’avoir démissionné. Quel beau moment que celui-ci. Merci, Christiane, pour ce moment !

À lire aussi

Un 11 novembre 1919 occulté par les ouvriers imprimeurs

C’est à l’occasion du premier anniversaire de l’armistice qu’a aussi eu lieu, pour la prem…