À l’époque, pas si lointaine, où il s’était mis en retrait – en retrait, pas en retraite – de la vie politique, Nicolas Sarkozy s’était bien gardé de se mêler de la querelle du "mariage pour tous". C’est qu’il estimait, non sans raison, n’avoir que des coups à prendre dans cette affaire qui n’était pas seulement clivante pour l’ensemble de la société, mais dans son propre camp. S’il se défendait d’avoir qualifié de "fascisme en loden" les participants aux cortèges de la Manif pour tous – la paternité de l’expression semble bien revenir à Jacques Attali –, il ne cachait pas en privé son peu d’envie d’être rangé parmi les soutiens anachroniques de la traditionnelle comme son refus de s’engager aux côtés de la modernité "bobo", puisque dans un cas ou dans l’autre, il risquait de perdre d’un côté ce qu’il aurait pu espérer gagner du côté opposé.

Caressant dans le sens du poil son électorat supposé dans le cadre de la compétition pour la présidence de l’UMP, l’ancien président de la République avait durci son attitude depuis son entrée en campagne mais, lorsqu’il abordait le sujet, se bornait à proclamer, comme tout le monde, son opposition résolue à la PMA et à la et à dire en termes vagues dans la forme et flous sur le fond qu’il conviendrait sans doute de "réécrire" la loi Taubira, sans plus de précisions. Nicolas Sarkozy, avant-hier, a dû sortir de cette persistante ambiguïté. Bien à contrecœur, et naturellement à ses dépens, plus encore qu’il ne l’imagine.

C’est sous la pression des quelque trois mille adhérents de Sens commun présents dans la salle Équinoxe que le candidat Sarkozy a été contraint de s’exprimer enfin clairement sur le sujet. On sait que pour les adhérents de cette association, qui s’est constituée en courant associé à l’UMP, l’acceptation ou le refus de l’institution du mariage homosexuel constitue la pierre de touche de leur soutien ou de leur hostilité.

Il faut reconnaître à le courage d’avoir réaffirmé sous les huées qu’il n’était à ses yeux ni souhaitable ni possible de revenir sur le texte voté par le Parlement et désormais en application.

Hervé Mariton, deuxième orateur inscrit de la journée, était évidemment très à son aise, puisqu’il lui suffisait de réitérer son opposition totale au "mariage pour tous" pour recueillir les ovations de la salle. Ce qu’il fit, avec le résultat escompté, sans que l’on puisse pour autant l’accuser de démagogie et moins encore de reniement. Il se trouve seulement que ses convictions bien connues étaient totalement partagées par ses auditeurs.

Nicolas Sarkozy, quant à lui, essaya tout d’abord de noyer le poisson dans la sauce convenue d’un discours général rodé lors de ses précédents meetings avant, sommé de répondre à la question qui lui avait été posée, de céder à la pression de l’assistance et de déclarer qu’il fallait réécrire la loi Taubira "de fond en comble". Bien loin de s’en satisfaire, le public très particulier auquel il s’adressait réagit par des murmures, des grondements et des sifflets, puis de toute la salle monta le slogan "Abrogation, abrogation".

C’est alors que l’ex-chef de l’État se souvint de la célèbre formule : "Je suis leur chef, je dois les suivre". C’est alors qu’il eut ces mots extraordinaires, ces mots stupéfiants, ces mots révélateurs du total cynisme qui est sa seule boussole :

Si vous préférez qu’on dise qu’on va l’abroger, pour en faire une autre, si cela vous fait plaisir, franchement, ça ne coûte pas très cher.

M. Sarkozy a envie de devenir président de l’UMP, il a donc décidé de tenir le discours musclé qui est supposé plaire aux militants de ce parti en voie de droitisation accélérée. Franchement, ça ne coûte pas très cher.

L’étape suivante de l’irrésistible ascension programmée par l’intéressé sera la primaire ouverte aux électeurs de la et du centre. On peut tenir pour assuré, s’il ne parvient pas à la saboter ou à la truquer, que M. Sarkozy se présentera alors comme le candidat du rassemblement. Franchement, ça ne coûte pas très cher.

Désigné pour être le candidat du "premier parti d’opposition", M. Sarkozy, s’il veut se qualifier pour la finale, devra disputer, arracher ou reconquérir les voix des électeurs tentés par le Front national. Il mènera donc une campagne axée sur la et férocement hostile à la gauche. Franchement ça ne coûte pas très cher.

S’il est effectivement présent au second tour, M. Sarkozy, pour l’emporter sur sa rivale prévisible, devra faire le plein de toutes les voix hostiles au Front national, afin de bénéficier d’un report maximal des suffrages qui se seront portés au premier tour sur le centre et la gauche. Il mènera donc une campagne ardemment "républicaine". Franchement, ça ne coûte pas très cher.

Eh bien, voyez-vous, même si ça ne lui coûte pas très cher, je fais partie de ceux qui trouvent ce prix trop élevé.

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17 novembre 2014

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