Le Menhir est de retour. Le Menhir est imbattable. Rocky Balboa des rings politiques, toujours prêt à faire le coup de poing, le vieux colosse de la famille Le Pen renaît éternellement de ses cendres ; et ce qui ne le tue pas le rend plus fort, plus combatif, plus opiniâtre. Suspendu de son statut d’adhérent au Front national, pour les raisons que l’on sait, il a profité d’un vice de procédure pour faire annuler son bannissement et revenir, plus fier-à-bras que jamais, dans la mauvaise tragédie qui se joue à Nanterre depuis de longs mois.

Il revient, le Nestor pugiliste. Comment ont-ils pu croire un seul instant qu’il plierait ? ne pliera pas. La mort seule aura raison de sa ténacité orgueilleuse. Abandonner ? Rendre les armes ? Laisser la place, lui, le « vieux con », aux « trous du cul » et aux « mignons » qui forment désormais la garde rapprochée de la reine Marine ? Jamais.

Peu importe que cet ultime démêlé judiciaire ne lui rapporte rien – dans une poignée de jours, les adhérents du Front national voteront pour supprimer définitivement son statut de « président d’honneur » -, peu importe : il revient, veut se remettre au travail, se croit réhabilité, exige qu’on le respecte encore, qu’on l’écoute encore, qu’on le craigne encore. S’il avait le malheur de se retourner, il verrait que son armée n’existe plus, et qu’il n’y a plus derrière lui qu’une pauvre cohorte effilochée. Mais il ne veut rien voir – le Cyrano de Montretout : “Je sais bien qu’à la fin vous me mettrez à bas ; N’importe : je me bats ! je me bats ! je me bats !”

Et la farce continue ad nauseam. Plutôt que de battre pavillon et d’épouser noblement son crépuscule, Le Pen l’Ancien préfère donner à la France ce navrant spectacle d’un acharnement solitaire ; il préfère les convulsions bouffonnes à la solennelle. Désavoué, évincé, il aurait pu rompre avec élégance et se laisser emporter au loin par la vague bleue contre laquelle il ne peut plus rien. Il existait pour lui, certainement, une issue plus majestueuse que cette médiocre querelle qu’il se plaît à nommer une « guerre ».

Certes, il a remporté une victoire. À la Pyrrhus, répond sa fille, c’est-à-dire une victoire trop chèrement acquise. Le vieil érudit n’a pas tort de la corriger : Pyrrhus n’a rien à faire ici, la victoire ne coûte rien au père, mais fait du mal à la fille. Une éraflure, cela dit, qui ne la coupera pas dans son élan. C’est elle, désormais, et depuis déjà quelques années, qui dirige le navire : il fallait la suivre et la conseiller dans l’ombre. Il fallait faire sien le mot de La Fontaine : “La plus belle victoire est de vaincre son cœur.” En sacrifiant son père sur l’autel de la France, Marine Le Pen avait su vaincre son cœur.

4 juillet 2015

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