On l’a dit et répété depuis son élection: Macron a dynamité le paysage politique français. Au soir du premier tour, il y avait quatre blocs comparables, à 20-24 % : Mélenchon, Macron, Fillon et Marine Le Pen. Depuis, avec l’érection de la pyramide Macron, il domine le système. Mais, de part et d’autre de cette montagne jupitérienne qui grandit, les mouvements sont loin d’être terminés et il se produit des affaissements.

À gauche, Mélenchon se dégonfle et s’effondre. Sa cote de popularité vient de chuter de 17 points dans le baromètre politique d’Elabe pour Les Échos et Radio Classique, lui faisant perdre la première place des personnalités politiques préférées des Français. C’est son problème : sa forte popularité personnelle, en 2012 comme en 2017, est un feu de paille à la présidentielle qu’il ne parvient pas à transformer en dynamique pour son mouvement aux autres élections. Il sera certainement élu à Marseille, avec d’autres, suffisamment nombreux pour former un groupe à l’Assemblée. Mais quelle déception pour celui qui aurait pu accéder au second tour, et qui ne finit que quatrième. D’autres sondages ne donnent plus que 14 % pour ses candidats. C’est que sa base le quitte, ou déçue, ou gagnée par la jeune dynamique Macron.

Chez les LR, ce n’est guère mieux. Ils organisaient hier leur seul et unique meeting pour les législatives. Avec François Baroin en leader. Personne n’y croit. Ni chez eux, ni à l’extérieur. Ils regardent partir leurs traîtres, tout en sachant qu’il y en aura d’autres. Chez Mélenchon, ça s’effondre par la base. Chez eux, par la tête. Mais ce n’est pas bon pour éviter que la base ne fasse de même. D’ailleurs, un sondage montre que la moitié de leur électorat souhaite que Macron ait une majorité. Alors, à quoi bon voter LR, puisqu’il y en aura au gouvernement ? Et que ceux qui restent ne croient même pas dans ce qu’ils disent !

Au soir des législatives, il y a peu de chances qu’il y ait encore quatre blocs équivalents.

On le voit bien, la seule opposition à Macron, celle qui ne s’est pas ralliée ou vendue à lui d’une façon ou d’une autre, c’est celle qui s’est dessinée, parfois maladroitement, pour le second tour, en votant pour Marine Le Pen. Cet électorat-là sera plus déterminé que jamais et ne fera que grandir. Il se pourrait même que le Front national réalise un meilleur chiffre que celui de Marine Le Pen, proche de ceux qu’il a réalisés lors des élections antérieures, de 2013 à 2016.

Et cela pour plusieurs raisons. D’abord, à l’inverse des votes pour Mélenchon, qui trouvent dans leur leader une vraie plus-value et peinent à se rassembler sans lui, les votes pour le Front national sont désormais d’une force constante quelle que soit l’élection, même en l’absence du chef ou même en cas de contre-performance du chef. Leurs chefs défaits à la présidentielle ou passés chez Macron affaiblissent les partis de Mélenchon et de Fillon. Cela ne devrait pas être le cas pour le Front national. Ensuite, cette détermination de l’électorat, dans les législatives où la participation sera de l’ordre de 60-65 %, et non de 75-80 %, se traduit par une progression mécanique. Mais surtout, la relocalisation de l’élection, au sein de 577 circonscriptions, va permettre à la France périphérique de ne plus être écrasée et noyée par les millions de voix des grandes métropoles. Et il y a là une motivation supplémentaire pour ces électeurs. Ainsi, au niveau de la région Occitanie, il y avait eu, au premier tour des présidentielles, moins de voix pour Marine Le Pen que pour le Front national aux régionales, et cela malgré une participation bien plus forte ! C’est dire la réserve de voix dont il dispose à l’avenir, et peut-être dès ce mois de juin.

Macron rêverait d’une opposition équitablement éclatée autour de sa belle pyramide socialo-centriste. Son dynamitage ira peut-être plus loin qu’il ne croit.

21 mai 2017

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