Dans populisme, il y a populace…

Au cinéma, le chiffre sept brille haut et fort au firmament étoilé des chefs-d’œuvre. Le sublime Les Sept Samouraïs. Le formidable Les Sept Mercenaires. Les salopards, eux, n’ont pas droit à ce chiffre magique qui évoque les sept jours de la semaine, la création du monde (en sept jours) et les piliers de la sagesse (au nombre de sept). Ils sont douze comme Les Douze Salopards, un pas mauvais film. Et à douze, ils font merveille, tuant à la pelle des officiers nazis, et liquidant d’innombrables dignitaires SS ainsi que leurs épouses et maîtresses.

En France, pays d’exception, nous avons trouvé mieux. Les dix-sept salopards (les ministres des Finances de l’Union européenne) inventés par un certain Delapierre du Front de gauche et dont la formule a été adoubée par Jean-Luc Mélenchon. Douze salopards, ça va, dix-sept salopards, bonjour les dégâts.

Parmi ces salopards, le plus en vue – en tout cas chez nous – s’appelle Pierre Moscovici. Et – on ne va pas bouder notre plaisir – il nous a été très agréable d’apprendre, sur Boulevard Voltaire, que ce « juif roumain » a reçu de la main même de Jean-Marie Le Pen, infaillible en cette matière, un incontestable brevet de francité. Dans l’hypothèse, peu probable il est vrai, où Mélenchon et les siens organiseraient de nouvelles rafles, nul doute que ce précieux sésame protégerait Pierre Moscovici.

Revenons aux choses sérieuses. Libération, qui n’est jamais en retard d’un gémissement inutile, se plaint dans sa dernière livraison de l’usage du mot « salopards ». Une telle dérive langagière serait, selon le journal, susceptible d’alimenter « le populisme et l’extrême droite ».

Le populisme est, de nos jours et dans les médias, une notion très en vogue. Pour ses détracteurs, il consiste en un hoquet démagogique opposant les petits aux gros, les artisans aux industriels, la boutique à la grande surface, et le modeste épargnant à la finance cosmopolite. Pour ses thuriféraires, pas très nombreux, le populisme, au contraire, contient dans sa racine le noble mot de « peuple ». Et ils dénoncent les « élites » nécessairement autoproclamées et moisies. Ce faisant, ils oublient opportunément que dans « populisme », il y a aussi « populace ».

En France, le populisme a un passé pas très glorieux. Il fut incarné dans les années 50 par Pierre Poujade qui envoya à l’Assemblée nationale un grand nombre de députés (dont le tout jeune Jean-Marie Le Pen, qui y fit, plus tard, carrière autrement). Sa durée de vie n’excéda pas celle des roses. Les députés poujadistes allèrent à la soupe comme les autres. Quant à Pierre Poujade, grande gueule s’il en fut, il finit, vieillissant, dans les bras de François Mitterrand. Et pour l’avenir ? Jean-Luc Mélenchon a sa petite chance. Mais il doit pour cela consentir à quelques efforts. Et passer du « qu’ils s’en aillent tous » au « vaffanculo ! » (« qu’ils aillent se faire enculer ! ») de l’Italien Beppe Grillo.

Oui, oui, il peut le faire ! Lui et lui seul. Pas Marine Le Pen, en quête de respectabilité. D’ailleurs, imagine-t-on une jeune femme bien élevée et de bonne famille crier : « Qu’ils aillent se faire enc… ! » ?

À lire aussi

Boeing ukrainien : c’est peut-être un déséquilibré qui a tiré le missile ?

Après l’avoir farouchement nié, l’Iran a reconnu sa responsabilité dans le drame. « Une er…