Méditerranée : l’aveuglement criminel de l’Union européenne

Sommes-nous condamnés à assister, impuissants, à la multiplication de ces naufrages en Méditerranée où tant de malheureux, venus rejoindre en masse les côtes de l’eldorado européen, perdent la vie quotidiennement ? Non, si les États de notre continent se donnent enfin les moyens d’enrayer avec discernement un phénomène migratoire inédit par son ampleur et sa durée.

Des causes ordinaires qui expliquent ce vaste mouvement de populations, certaines ne pourront guère être réglées avant de très nombreuses années. Qu’il s’agisse de l’explosion démographique qui, de l’Afrique singulièrement, pousse au départ ceux qui sont en quête d’un avenir meilleur ou de l’incapacité chronique des États d’origine à jeter les base d’un développement durable – en raison de l’incurie endémique des élites locales, de l’instabilité politico-militaire ou des désordres économiques qui les frappent perpétuellement -, force est de constater la faible capacité opérationnelle des nations européennes, dans leur volonté affichée de maîtriser les flux migratoires, à peser à court terme sur le devenir des pays d’émigration. En ce domaine, les marges de manœuvre ne sont cependant pas totalement inexistantes, pour peu que soient évitées les aventures diplomatico-militaires (comme celle qui a conduit naguère, sous le double pilotage funeste de Nicolas Sarkozy et de Bernard-Henri Lévy, à déstabiliser le verrou libyen) et que soient encouragées des politiques de stabilisation économique qui feraient la part belle aux partenariats locaux avec pour objectif premier de fixer durablement les populations pauvres dans leurs territoires d’origine.

La solution immédiate est ailleurs. Comment ne pas voir que l’Union européenne se présente désormais, aux yeux de tous les infortunés de la terre qui aspirent à s’y installer, sous les traits d’un formidable pays de cocagne aux capacités de séduction irrésistibles : liberté d’y circuler sans entrave et d’y faire venir patiemment les membres de sa famille ; garantie d’un confort de vie minimum grâce à la générosité sans limite des États-providence ; liberté d’y pratiquer sa religion et d’y importer ses modes de vie sans avoir à observer les us et coutumes locaux…Davantage encore que les filières de passeurs ou les insuffisances prêtées à l’agence européenne Frontex, trop facilement stigmatisées, c’est bien l’espace Schengen qui, dans son essence même, pose véritablement problème : grâce aux moyens de communication modernes, nul n’ignore désormais, dans les contrées subsahariennes comme dans les pays bordant le sud de la Méditerranée, que cet espace géographique culturellement vulnérable, aux frontières extérieures faiblement protégées, offre à tout migrant clandestin qui parvient à s’y introduire une liberté de circulation quasi totale sur l’immense territoire des 26 pays européens qui le composent. Obscur laboratoire d’une politique qui œuvre sourdement au changement des peuples européens, cet espace institutionnel fonctionne mécaniquement comme un appel d’air permanent…

Ceux de nos gouvernants européens qui entendent maintenir, pour de sombres motifs idéologiques, un espace de libre circulation qui a largement fait la preuve de son inefficacité à ses frontières, se rendent en réalité complices de la catastrophe humanitaire qui s’amplifie chaque jour en mer Méditerranée. Pour échapper à pareilles hécatombes, il s’agit donc moins de renforcer à l’infini les moyens matériels alloués à l’agence Frontex (toujours plus de navires ou de matériels de surveillance) dans une folle surenchère qui ne découragerait en rien l’immigration clandestine que de démanteler méthodiquement l’espace Schengen en restituant aux États la maîtrise entière de leur souveraineté territoriale. Depuis qu’elle s’applique à n’autoriser aucun clandestin à mettre le pied sur son sol, l’Australie a su ainsi se protéger efficacement en endiguant définitivement le flot de migrants qui l’assaillait par le passé : les clandestins interpellés à bord de navires arraisonnés dans ses eaux territoriales sont aussitôt renvoyés vers les pays de transit ou placés dans des camps de rétention au Cambodge ou dans certaines îles du Pacifique, en vertu d’accords signés avec les États d’accueil concernés. Grâce à cette politique dissuasive appliquée fermement depuis 2013, sans jamais céder aux remontrances des associations dites humanitaires, plus aucune embarcation n’a chaviré ces derniers mois au large des côtes australiennes, faute de candidats à l’immigration vers cette terre océanienne devenue soudainement inhospitalière.

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