Editoriaux - Politique - Santé - 23 juin 2016

Médecine générale : bientôt la consultation à 25 euros ?

Tous les cinq ans, les médecins libéraux et la Caisse nationale de l’assurance maladie entrent en conclave pour renégocier la convention qui les lie. Précisons, tout de même, que, selon les milieux bien informés, il y a peu de chances que la moindre signature advienne avant les changements politiques de 2017.

Après cinq ans sans revalorisation face à des charges croissantes – dont la mise aux normes d’accessibilité n’est que la plus récente -, il est logique que les généralistes considèrent que le passage du prix de la consultation de 23 à 25 euros constitue un préalable. Il est probable qu’ils seront entendus, tant leur syndicat spécifique (élaboré en 1986 par le ministre de la Santé de Mitterrand pour cliver la profession) a l’oreille des socialistes.

Le rêve de ceux-ci (et aussi de beaucoup de politiciens dits de droite) est une médecine à deux étages. En bas, une myriade de médecins de famille domestiqués et télécommandés en temps réel par la Sécu et les mutuelles, chargés de déblayer la bobologie. En haut, pour les choses sérieuses, les établissements de soins (hôpitaux ou cliniques conventionnées tenues en laisse courte). Et entre les deux, plus rien : exit le spécialiste libéral, trop libre, trop incontrôlable, et bien sûr… trop riche ! Autant dire qu’une fois déboursés les 570 millions d’euros annuels demandés par les omnipraticiens, il ne restera plus grand-chose pour des propositions plus ambitieuses, comme le versement annuel d’un “forfait structure” permettant de financer un secrétariat.

Car tandis que l’allongement de la vie rend les consultations plus lourdes et plus longues, les médecins passent encore près du quart de leur temps sur des paperasses. Pour les spécialistes, même s’ils bénéficient aussi d’un ou deux euros de pourboire, la rémunération de leurs actes techniques restera donc honteusement sous-évaluée. Au tarif conventionnel, un obstétricien doit faire 80 accouchements pour financer sa seule assurance responsabilité civile ! Pour un chirurgien opérant des varices (deuxième intervention en France en fréquence), le tarif de l’assurance maladie française est de 178 euros. Pour cette intervention qui dure une heure, les frais sont supérieurs à 50 %. Il lui reste donc environ quatre-vingts euros avant impôt…

On comprend pourquoi une augmentation homéopathique des honoraires encadrés n’a aucune chance n’entraver la ruée de la jeune génération de médecins (féminine pour les deux tiers) vers le salariat, ses 35 heures et ses congés de maternité. C’est ainsi que les “déserts médicaux” furent le thème numéro un du congrès de l’Association des maires de France tenu il y a trois semaines. “L’État n’a pas été capable d’anticiper la catastrophe et, aujourd’hui, aucun territoire du pays n’est à l’abri”, a déclaré le président de l’Ordre national des médecins. Mais qui, sinon les hommes de l’État, ont tout fait depuis trente ans pour qu’on en arrive là ?

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