Mayotte, situation « extrêmement préoccupante »

La situation est « extrêmement préoccupante à Mayotte », a indiqué François Hollande lors du dernier Conseil des ministres. Dans ce département français de l’océan Indien, plus d’un millier de Comoriens ont été chassés de chez eux depuis le début de l’année. Quand Sarkozy a voulu départementaliser Mayotte, j’ai eu l’impression d’être le seul à voir les conséquences catastrophiques prévisibles de cette décision. J’ai eu beau alerter les hommes politiques, les élus, les médias, j’ai prêché dans le désert, et maintenant le drame n’est pas loin.

Vouloir sortir Mayotte de son environnement et développer l’île à grand pas, lui appliquer des mesures sociales, des allocations, des subventions qui font que le niveau de vie est maintenant treize fois supérieur à celui des autres îles de l’archipel, et encore plus par rapport à Madagascar, ne pouvait qu’attirer les populations avides de profiter de l’aubaine.

D’autre part, les Mahorais qui reçoivent la télévision française s’indignent de n’être pas alignés au moins sur La Réunion. Il en est résulté des grèves bloquant l’île plusieurs semaines et des manifestations tournant à l’émeute. Maintenant, la situation devient incontrôlable. Il y a, à Mayotte, plus d’étrangers que de Mahorais, dont beaucoup de clandestins. En particulier, on estime à 6.000 le nombre des enfants livrés à eux-mêmes, laissés là par leur famille, qui, pour beaucoup déscolarisés, vivent de rapines et d’expédients. Beaucoup de clandestins sont logés dans des bidonvilles indignes à la limite des villages.

Le président de la République juge la situation « extrêmement préoccupante », c’est le moins qu’on puisse dire : sans grande réaction des autorités, rejetant la responsabilité sur les municipalités, la chasse aux Comoriens a commencé. En situation régulière ou clandestins, ils sont expulsés par les Mahorais, qui les accusent d’occuper des terrains illégalement et d’être des voleurs, tout en les faisant travailler au noir. Leurs « bangas » – habitations de fortune – sont détruites et ils sont souvent contraints à camper sur le bord de la route, avant d’être relogés d’une façon temporaire dans d’autres villages avec l’aide d’associations.

Selon la CIMADE, au moins un millier de personnes ont été victimes de ces actions. Il faut voir que Mayotte est surpeuplée – de l’ordre de 500 habitants au km2– et au bord de l’explosion. Et pendant ce temps-là, l’arrivée de clandestins se poursuit, venant principalement des Comores mais aussi de Madagascar à partir de Nosy Be, d’où un trafic est maintenant organisé. On expulse pourtant 20.000 clandestins par an sans grande procédure.

Autre conséquence de l’immigration clandestine : l’hôpital de Mamoudzou est saturé – prévu pour 300 malades, il en accueille 900 -, en particulier la maternité, où viennent accoucher les Comoriennes venues des autres îles mais aussi des Malgaches, pensant que du fait du droit du sol, leur enfant sera français. En 2015, 9.000 bébés sont nés dans le département. Beaucoup de mères n’ont aucune couverture sociale.

Du coup, l’hôpital est en grève, certaines sages-femmes venues de France ont décidé de quitter l’île. Sur 70 sages-femmes, seules dix sont titulaires, dont huit ont décidé de quitter la maternité. Malgré des incitations financières, leur remplacement sera bien difficile. Il en est de même des médecins, dont beaucoup ont préféré renvoyer leur famille en métropole.

C’est la même chose dans l’enseignement. La plupart des professeurs du secondaire viennent de métropole. Malgré une situation financière enviable, 750 enseignants ont décidé de quitter l’île en raison des conditions de travail, mais aussi de l’insécurité qui règne à Mayotte.

Devant cette situation, l’État impuissant fait le dos rond, le préfet vient de partir, muté en métropole, laissant à son successeur une situation explosive. L’ancien sénateur réunionnais Jean-Paul Virapoullé juge l’État français « lâche » pour ne pas avoir instauré le droit du sang à Mayotte depuis 10 ans.

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