Il est des mots que l’on ne devrait prononcer qu’avec une humilité infinie, un respect absolu, des mots-invocation, des mots-prière, tellement chargés de sens qu’ils recèlent la fragilité de l’homme autant que la grandeur de la divinité. Le mot « martyr » est de ceux-là.

Le μάρτυρος, « marturos », est le « témoin » et, avant tout, le témoin de Dieu, tellement témoin qu’il accepte de mourir pour ne pas se renier, pour ne pas apostasier. Ce mot magnifique renvoie au « sacrifice », « sacra facere », faire quelque chose de sacré. Et ici, c’est du sacrifice de sa propre vie qu’il s’agit. La longue liste des martyrs (le martyrologe) commence avec saint Étienne, lapidé sauvagement juste après la mort du Christ, et se termine, provisoirement hier matin, quelque part au Moyen-Orient, avec ces chrétiens que les islamistes affublent d’une tunique orange façon Guantánamo et égorgent comme des porcs parce qu’ils refusent d’embrasser la religion d’amour, de tolérance et de paix.

Quelle que soit l’indignation que l’on éprouve face à la terrible lâcheté des assassins, quelque compassion que l’on ressente, que la entière manifeste, pour les victimes, mortes ou blessées, quelle que soit l’envie d’utiliser cette atrocité à des fins indicibles, éloignées de la fraternité, jamais, non, jamais on ne peut faire de ces cibles, de ces proies, des martyrs. Il y manque la valence religieuse, car ce n’est pas pour témoigner qu’elles étaient au bistrot ou au concert. Juste pour passer un bon moment, pour vivre.

Pourtant…

Pourtant, n’a pas hésité une seule seconde, évoquant « le malheur qui a touché les martyrs du 13 novembre ». Un mot faible – malheur – renforçant un mot fort – martyr. Tout ceci est pesé, fignolé, arrangé par des communicants à la noix, pour atteindre le maximum d’émotion, faire mousser la sensiblerie, provoquer les sanglots.

Je n’ose imaginer qu’il ait utilisé ce mot pour amadouer les chrétiens, qu’il ne cesse d’abaisser, de mépriser, d’ignorer – l’a-t-on seulement une fois, en trois ans, entendu parler de « christianophobie » pour évoquer les profanations qui frappent les bâtiments chrétiens beaucoup plus que les autres ? Sans compter sa grave incurie envers les chrétiens d’Orient qu’il n’ose même pas nommer. L’utilisation d’un mot au service de la récupération ? Il en est bien capable. C’est infâme.

Il vient aussi nous parler, dans son discours, d’un « islam dévoyé qui renie le message de son livre sacré ». Mais, tonnerre, qu’en sait-il ? Que connaît-il de ce message pour affirmer, devant la France entière, que les fanatiques du 13 novembre le renient ? Partout où le monde est en conflit, l’islam est derrière. Enfouir la tête sous la djellaba n’a aucun sens.

Phrases creuses, non réfléchies ou, pire, calculées, incantations indécentes. Au choc de l’horreur, le Président ajoute le cynisme trempé dans l’ignorance. À moins que ce ne soit l’inverse. Aucune importance… Il y a des jours où, le cœur nauséeux, on voudrait respirer de l’air pur et vivre à des années-lumière de ces fantoches sans morale.

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