Discours - Editoriaux - Médias - Polémiques - Politique - 19 octobre 2014

Martine et l’atavisme deloriste

est sortie de son silence. Ce n’est pas la première fois et sans doute pas la dernière. Elle était déjà intervenue en juillet dernier sur la réforme territoriale qu’elle continue de vilipender… Aujourd’hui, elle dit « partager les propositions économiques » des frondeurs du PS, regretter que le Parlement n’ait pas pu en débattre… Elle demande en plus au gouvernement de réorienter sa politique, sinon – promet-elle – la gauche échouera en 2017.

Martine Aubry, dont la parole est rare ces derniers temps dans les médias, s’est donc laissée aller à son exercice préféré : taper sur le gouvernement mais surtout en ne prenant pas toutes ses responsabilités et en n’allant pas jusqu’au bout de sa logique. Comme si une main sur l’épaule la retenait. Comme si elle ne voulait pas briser une sorte de tabou. Elle ne souhaite pas prendre la tête d’un mouvement qui n’est pas de son niveau politique et intellectuel. Sans rire, vous la voyez à la tête d’une trentaine de députés, elle qui a dirigé plusieurs dizaines de milliers de personnes à la tête du PS entre 2008 et 2012, a dirigé deux ministères entre 1991 et 1993 et entre 1997 et 2000 ? Non. Elle est au-dessus, elle qui a été battue à la primaire du PS en novembre 2011 et, par là même, désavouée par sa base.

Pourquoi donc n’y va-t-elle pas ? Reproduirait-elle le syndrome paternel ? Jacques Delors a en effet menacé Mitterrand de démissionner à plusieurs reprises, sans jamais passer à l’acte. Candidat tout désigné en 1995 pour succéder à Mitterrand, il renonce à se présenter à la magistrature suprême alors qu’il aurait pu vaincre, presque sans péril, Jacques Chirac…

Martine Aubry se contente de taper sur le gouvernement Valls. Sans doute sait-elle que ses lubies de gauche de la gauche sont totalement utopiques. Que ses vieilles recettes à elles, qui ont rythmé le premier septennat de François Mitterrand et les deux premières années du quinquennat de François Hollande ont fait chou blanc. Pis : qu’elles ont mené la France au bord du gouffre et que seul un tournant un peu plus libéral (1983 et 2014) l’a sauvée d’une déroute annoncée.

C’est d’ailleurs le message envoyé par les Français qui plébiscitent (pour combien de temps ?) . Il recueille 58 % d’opinions favorables malgré ses propos polémiques sur les « salariés illettrés de Gad », les « pauvres qui voyagent en car », ou encore la remise en cause des 35 heures. Mieux : le ministre de l’Économie sait ce que Martine est incapable de réaliser : rassembler autant à gauche qu’à droite. 62 % des sympathisants de gauche et 55 % de ceux de droite ont une bonne opinion de lui !

Si Martine ne va pas au bout de la logique, c’est qu’elle sait intérieurement que son discours est suranné, ne tient pas et ne tient plus la route. En somme, qu’elle est hors course et ne fait absolument pas rêver. En son for intérieur, elle sait aussi qu’elle a raté, comme son père, la marche de Matignon. Lui pour avoir été trop à droite de la gauche et elle pour être trop à gauche de la gauche.

Sic transit gloria mundi !

À lire aussi

2020 : le coronavirus. 1720 : la peste à Marseille

La maladie serait arrivée à bord d’un bateau en provenance du Levant... …