En juillet 2010 se tenait la XIXe université d’été de Renaissance catholique, ayant pour thème l’identité nationale.

À l’occasion des 10 ans de cet événement, Boulevard Voltaire publie durant l’été, avec l’autorisation de Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance catholique, des extraits des actes du colloque dont le sujet demeure plus que jamais d’actualité.

Aujourd’hui, l’intervention de l’historienne Anne Bernet, auteur de Saint Martin, l’apôtre des Gaules, publié en 1997.

Une grande figure ayant contribué à la christianisation de la Gaule au IVe siècle, saint Martin, évêque de Tours Martin, symbole de l’évangélisation de notre pays, a unifié la Gaule autour du catholicisme. Ses miracles ont fait sa popularité. Martin, dont les Wisigoths ont occupé la ville sainte et le tombeau, a créé ainsi parmi les populations restées catholiques un esprit de résistance qui a conduit à tout faire pour délivrer les lieux.
Une croisade avant l’heure, en quelque sorte ! […]

L’évêque Lidoire mort en 372, le siège de Tours devient vacant. Il est proposé à Martin, mais celui-ci refuse : il ne veut pas être évêque mais aspire à rester moine. Il est alors enlevé. Un marchand tourangeau arrive à Ligugé, prétendant que sa femme est très malade et qu’il faut que Martin vienne lui imposer les mains à Tours.
Charitable, un peu naïf, Martin accepte de le suivre. À peine arrivé à Tours, il est sacré évêque de force ; là encore, il voit la main du Seigneur.
Martin ne sera pas un évêque ordinaire, ce que les Tourangeaux ignorent ; le haut clergé, plus préoccupé des biens de la terre que de ceux du ciel, ne lui plaît guère. Il est métropolite de la Lyonnaise 3e, autrement dit la première figure religieuse de la région, avec autorité sur cette Église, qu’il entreprend de réformer. Il se heurte vite à son clergé et décide alors que la meilleure chose à faire est d’en former un lui-même. Martin fonde alors une abbaye à Marmoutier, où il installe des moines qu’il prépare personnellement à la vie de prière et de pauvreté ; de cette communauté sortiront plusieurs évêques : ceux du Mans, Angers, Orléans. Martin n’est jamais revêtu de la pourpre épiscopale, mais plutôt habillé comme un pauvre.

Un jour, lors d’une tournée dans son diocèse, monté sur un vieil âne, habillé d’une façon qui ferait honte au dernier des paysans, il croise la route du percepteur impérial, très haute figure, avec son bel attelage. Ce dernier l’apostrophe : « Dégage, toi le pauvre ! » Martin, ne se garant pas assez vite, est violemment battu par l’escorte qui le laisse à terre à moitié assommé. L’attelage du percepteur, quasiment paralysé, ne peut pas faire un pas de plus ! Le fonctionnaire impérial ne comprend pas… jusqu’à ce qu’il apprenne qu’on vient d’assommer l’évêque de Tours. Des soins sont prodigués au pauvre Martin ; à l’instant où le percepteur présente des excuses, son attelage peut repartir. […]

Martin, proche de son peuple, est aimé, et opère des conversions. À son arrivée à Tours, il a trouvé une situation catastrophique. La Touraine a été christianisée vers 250 à la demande du pape Fabien, par son envoyé, Gatien, martyrisé presque immédiatement. Pendant cinquante années, le siège de Tours est resté vacant ; il est assez admirable que la poignée de catholiques ait tenu bon sans évêque ni prêtres. Lorsque l’évêque Lidoire a été nommé, il a trouvé une catholicité encore existante, mais sans direction et fort à son aise. Mais Martin est horrifié par ce qu’il découvre. Ainsi vénère-t-on le tombeau d’un homme réputé avoir été un très grand martyr.

Des martyrs, Tours en a connu, certes, mais ce tombeau-là n’inspire rien de bon à Martin. Finalement, il se rend compte qu’il s’agit, en réalité, d’un chef gaulois, un chef de bagaudes, supplicié par les Romains : peut-être est-ce un héros du patriotisme gaulois, mais certainement pas un martyr. Martin interdit ce culte. Il faudra sa très grande popularité pour que les Tourangeaux – catholiques – se détournent de cette vénération.
Et que dire de l’immense majorité des ruraux, restés intégralement païens ? Aussi Martin arpente-t-il les campagnes pour détruire un à un les temples, les lieux de culte et surtout les arbres sacrés. Ces campagnes gauloises étant restées profondément fermées à l’influence romaine, les dieux celtes, les arbres, la nature y sont toujours vénérés.