Editoriaux - Société - 28 avril 2019

Marlène Schiappa soutient les femmes à barbe !

« Elle avait de la barbe » : c’est ainsi que Victor Hugo décrit la Thénardier. Quoique cette femme virile soit entièrement soumise à son avorton de mari, ce « despote frêle » qu’est le Thénardier, ce n’est pas exactement ce genre de femme à barbe que soutient notre secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes les hommes. Celles dont il s’agit sont les membres du « groupe d’action féministe » La Barbe.

Si l’on en croit la photographie de la page d’accueil de son site, ce collectif, « qui dénonce le monopole du pouvoir, du prestige et de l’argent par quelques milliers d’hommes blancs », est pourtant exclusivement composé de femmes blanches. Racisme ou sexisme, il faut choisir : on ne peut pas se battre efficacement sur tous les fronts à la fois. Leur action, destinée à « rendre visible la domination des hommes », « consiste à envahir les lieux traditionnellement dominés par les hommes en portant des barbes » et à y lire un tract. Ce jeudi 25 avril, elles ont jeté leur dévolu sur une soirée de « dialogues sur l’Europe » organisée par les Éveilleurs d’espérance et Valeurs actuelles au Cirque d’hiver, au motif que les intervenants étaient tous des hommes. Sept, très exactement. À quand un happening de mâles en robe à plumetis dans une réunion Tupperware® ?

Las ! le service d’ordre qui encadrait le débat, sans doute trop peu formé à l’esthétique, n’a pas goûté la « scène […] silencieuse (le tract devait-il être lu en langue des signes ? NDLA), digne, picturale » qu’elles voulaient offrir au public. Elles ont donc été évacuées, au grand dam de Marlène Schiappa, qui s’est fendue d’un tweet de soutien se terminant par ces mots : « Les droits des femmes avancent aussi grâce aux activistes. » Consciente, tout de même, qu’aucune loi n’empêche plus en France la présence des femmes dans les « lieux de pouvoir » et le « débat public », elle en dénonce « l’exclusion de facto ». Sans songer qu’elle est, elle-même, un démenti à cette théorie, à moins qu’elle ne se considère que comme une potiche au sein du gouvernement, un leurre de parité sur la photo de famille de LREM.

De fait, nous ne sommes plus dans l’Athènes du Ve siècle av. J.-C., quand le dramaturge comique Aristophane imaginait, dans son Assemblée des femmes, que les femmes, pour pouvoir siéger à l’Assemblée du peuple, dérobaient les manteaux de leurs maris et s’affublaient d’une barbe postiche (tiens, tiens…). Elles sont électrices et éligibles au même titre que les hommes et peuvent se faire, comme eux, une place au soleil de la vie politique si le cœur leur en dit. Pierre Nicolas, cofondateur des Éveilleurs, assure d’ailleurs que le procès qui leur est intenté sur l’absence de femmes à ce fameux débat est un faux procès : « Nous en avions invité mais elles ont décliné. » N’en déplaise à Mme Schiappa, lire un tract ironico-geignard pour se plaindre que « le Mâle est LE bien commun, l’alpha et l’oméga, la source de toute idée en ce 21ème (sic) siècle » n’est certainement pas le moyen le plus efficace de lutter contre « l’hégémonie masculine ».

Adler définissait l’activisme comme le « caractère de celui qui prend l’agitation pour de l’action ». Une réflexion à méditer par nos femmes à barbe et leur soutien.

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