Editoriaux - Justice - Politique - Sciences - Société - Table - 22 mars 2018

Marlène Schiappa, pourriez-vous nous lâcher, s’il vous plaît ?

J’ai failli écrire dans mon titre seulement Marlène, puis je me suis heureusement souvenu que nous vivions sous l’emprise d’un quadrillage constant et que la référence au prénom aurait pu me faire passer pour méprisant et sexiste.

Ce monde devient fou.

Un débat à Sciences Po qui devait être consacré à la mise à mort médiatique a été honteusement annulé parce que le bâtonnier Pierre-Olivier Sur devait y participer mais qu’avocat de Gérald Darmanin, il a été jugé indésirable par des intégristes féministes. Pas véritablement de réaction. On accepte dorénavant, comme si cela allait de soi, la dictature d’un puritanisme délirant.

Ce monde devient fou.

Marlène Schiappa, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a décidé de présenter un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles. Le Conseil des ministres lui réservera un sort très favorable évidemment et il sera voté, le moment venu, avec une bonne conscience allègre.

Pourtant, il ne contient rien de véritablement décisif et l’outrage sexiste qui sera réprimé par une contravention de quatrième classe constituera une infraction de “rue” contradictoire avec une société de liberté et de responsabilité.

Ce monde devient fou.

Les délais de prescription seront allongés pour les crimes sexuels sur mineurs. C’est sur l’insistance de Flavie Flament, assistée par un magistrat, que cette proposition a été adoptée. La prescription ne sera plus de vingt ans mais de trente ans. Je ne suis pas sûr qu’en dehors du sentiment d’avoir fait œuvre quantitative, cette mesure apporte des éléments opératoires. J’ai remarqué que la prescription servait souvent d’argument et de menace quand on n’avait rien de plus à faire valoir. Mais qui aurait l’honnêteté intellectuelle de souligner qu’on est plus dans le symbole – même si les victimes sont trop réelles – que dans une efficacité amplifiée.

Ce monde devient fou.

L’interdit sur les relations sexuelles entre majeurs et moins de 15 ans sera renforcé. C’est sans doute l’unique disposition qui représente un véritable progrès parce qu’elle est destinée à rendre plus cohérente l’articulation entre un âge et un consentement. Je comprends l’inquiétude de certains magistrats qui craignent une présomption de culpabilité automatique. Reste qu’il y a là un effort de clarification qui ne peut qu’être bénéfique.

Mais l’outrage sexiste comme absurdité est le comble. La secrétaire d’État, face à l’impossibilité d’assurer la répression au quotidien de cette transgression qui renvoie à des attitudes qui n’auraient pas mérité un tel honneur législatif, a parfaitement conscience de l’inutilité de cette création puisqu’elle la qualifie de symbolique.

Heureusement que son inventivité politique et féministe n’élabore pas une multitude d’interdits ou d’injonctions par pur symbolisme !

Ce monde devient fou.

Je sais que les événements de ces derniers mois n’ont pas été pour rien dans cette frénésie prescriptive ou suspicieuse mais il me semble qu’il y a plus que de l’actualité derrière ce prurit : une volonté perverse de judiciariser tout ce qui ne serait pas conforme à la morale, à la décence, à l’urbanité.

À bien appréhender cet outrage sexiste incongru, il consiste à se mêler d’attitudes humaines quotidiennes qui ne devraient pas le regarder. Il y a de l’abus à considérer que le progrès d’une société est de favoriser une immixtion de plus en plus intolérable et indiscrète dans le cœur de nos existences. Les hommes ne sont pas des marionnettes et les femmes de pures fragilités. Les uns et les autres savent se débrouiller avec ce qu’ils sont et les fait coexister.

Cette dérive est d’autant plus surprenante que notre Président ne cesse pas de vanter les vertus de l’initiative, de la création, de la maîtrise de son destin, de la responsabilité et de la liberté. Ce projet de loi vient s’ajouter sans aucune nécessité à un terreau législatif déjà bien fourni. Il nous enjoint d’éviter ce qui relève de notre arbitrage et de notre conscience. On n’aura pas besoin de lui.

Ce monde devient fou.

Extrait de : Justice au Singulier

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