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Editoriaux - Politique - Table - 16 novembre 2014

Marine Le Pen fait feu de tout bois

Comme un grand avocat à la cour d’assises sait devoir quelquefois s’effacer au bénéfice de la lumière d’un débat tournant en sa faveur naturellement, , qui a été avocat et, m’a-t-on dit, pugnace et confraternelle, parvient à laisser la réalité désastreuse parler pour elle.

Avisée et opportunément discrète, elle ne vient pas troubler le cours des avancées pour son parti, qui résultent évidemment de l’impéritie du pouvoir socialiste, de sa politique pénale et de la faiblesse fragmentée en ambitions contradictoires et en affaires troubles d’une droite qui n’a pas encore gagné en 2017.

Elle se garde bien de manifester un quelconque triomphalisme quand, de tous côtés partisans, on l’annonce – pour le meilleur ou souvent pour le pire – comme la candidate qui sera appelée à livrer l’ultime joute présidentielle. Elle savoure vraisemblablement ce qui est présenté comme une fatalité contre laquelle on ne pourrait rien, comme si la politique était devenue un combat perdu d’avance.

[…]

Elle embrasse le réel dans ses tourmentes et ses désastres, dans les espérances déçues et le pessimisme amer pour demain. Elle fait son miel de tout. […] Elle couvre en quelque sorte le champ global dans lequel ses adversaires ne s’approprient que des parcelles. Rien de ce qui secrète des pulsions et des mélancolies à la fois anarchistes, haineuses et crépusculaires ne lui demeure étranger. Elle bâtit avec une obstination efficace une vision politique et sociale sur nos décombres actuels ou à venir. Elle affirme pouvoir nous sauver d’un désastre dont elle profite.

[…]

Le FN, à la fois classique, puisque inscrit dans l’espace démocratique, et dissident car il n’a pas la représentation parlementaire qui le banaliserait, apparaît ainsi de plus en plus comme une possible voie de recours, comme la dernière chance d’une République en péril et en déliquescence. Sur le clavier contrasté des offres partisanes, alors qu’il était par principe et par morale récusé hier, le FN aujourd’hui représente pour certains la tentation de l’inédit, une occasion perçue en même temps comme plausible et sulfureuse de dire leur fait aux politiques traditionnels qui ont échoué, qui ont méprisé et relégué une France qui maintenant surgit de l’exil intérieur avec une vigueur quasiment irrésistible.

Comme tous ont participé à cet abaissement national, pourquoi ne pas essayer le FN protégé par son absence des centres de décision durant de si nombreuses années ? Le FN fait moins peur dorénavant que ses adversaires ne font honte.

La représentation proportionnelle, à laquelle songe François Hollande et que refuse l’UMP, ferait élire un nombre non négligeable de députés FN mais aurait pour conséquence inévitable et heureuse de banaliser la dissidence, de révéler l’incompétence ou la compétence relative, de manifester la démagogie et de montrer les limites et les insuffisances opératoires d’un parti solitairement installé aujourd’hui dans un rôle tribunicien confortable.

Marine Le Pen est d’abord une habile. Elle a affaire, en cette période, à beaucoup d’amateurs qui jouent avec son feu. Quand ils se brûleront, il sera trop tard.

Extrait de : Marine Le Pen est d’abord habile !

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