Non, Marine Le Pen n’a pas tué le père. C’est le père qui a voulu tuer la fille. Cette fille qui se refusait à n’être qu’un prolongement de lui-même et qui eut l’impudence de chercher à exister. Consciente de ce qu’elle lui devait, de l’héritage politique qu’il lui léguait, Marine Le Pen a encaissé sans fléchir ses coups bas, les petites humiliations, les provocations en roue libre, les fanfaronnades d’un patriarche déchu ne supportant pas que le parti qu’il avait créé puisse si bien lui survivre et devenir autre chose que le simple reflet de son image, le piédestal de son ego.

Longtemps, Marine Le Pen a ravalé son agacement : quand il la brocardait « petite bourgeoise », quand il lui savonnait la planche en allumant des polémiques inutiles. Souvent, elle dut se livrer à des numéros d’équilibriste de haut vol pour calmer l’emballement médiatique quand il mitonnait des fournées de « bons » mots à l’arrière-goût acide. Jean-Marie Le Pen n’a jamais digéré que la stratégie de dédiabolisation élaborée par la nouvelle génération du Front national recueille plus de suffrages que sa propre ligne politique. Vous avez dit aigri ?

Être régulièrement dévalorisée par son père, sous l’œil complaisant des caméras, assène autant d’estocades dont on ne s’explique la finalité. Chacune des victoires électorales de Marine Le Pen se retrouve invariablement sanctionnée par le couperet de son président d’honneur, qui semble vouloir lui rappeler que le FN demeure son jouet, et qu’il se réserve la liberté de le casser à tout moment. Ainsi subsiste l’illusion que c’est encore lui qui contrôle, qui maîtrise, qui a droit de vie et de mort. Et la France, dans tout ça ?

Marine, elle, ne l’oublie pas, cette France de la périphérie, de la précarité, des PME ou de la ruralité, qui voit en elle l’espoir d’un lendemain meilleur et d’une fierté ravivée, mais qui digère de plus en plus mal les buzz parasitaires du paternel. Invitée au journal télévisé de TF1 le 9 avril, elle n’a eu de cesse de recentrer l’interview sur les vraies priorités nationales, au fait de ses responsabilités et des attentes fébriles qu’elle suscite. Avec une pudeur admirable dont la dignité se pare pour masquer les blessures, Marine Le Pen s’est exprimée sans rien esquiver. L’émotion, la tristesse étaient perceptibles mais ne prenaient jamais le pas sur le discours de fond. Qu’on soutienne ou non son programme, elle a sans aucun doute, ce soir-là, achevé de charpenter sa stature présidentielle en vue de 2017. Celle d’une femme de convictions qui garde la tête froide et nourrit une haute idée de son pays.

Jean-Marie Le Pen devrait-il tirer sa révérence ? Une procédure disciplinaire tranchera.

Cesserait-il pour autant ses actes de sabotage en tapinois, ses envolées sur Pétain dans quelque magazine malintentionné ? Selon un sondage Odoxa pour i>Télé et Le Parisien/Aujourd’hui en France, 87 % des sympathisants FN sondés souhaitent son départ. Mais il compte bien s’accrocher, au risque de fourbir les armes des adversaires. Lui seul a le pouvoir de décider s’il aspire à être un atout ou une entrave dans le destin de Marine Le Pen. Et de la nation.

11 avril 2015

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.