Editoriaux - Polémiques - Santé - Table - 14 avril 2016

Marisol Touraine traite le sexisme en urgence

J’imagine qu’un ministre, aujourd’hui, ne se déplace pas sans son écran portatif, qu’il est connecté du matin jusqu’au soir et qu’il guette les moindres mouvements de l’opinion sur les réseaux sociaux, prêt à « réagir », à s’indigner, à déplorer, à condamner, à tweeter et retweeter ses pontifiants anathèmes. Car son plus grand souci, c’est de répondre aux appels de l’émotion, de se ruer (bille en tête) dans tous les tapages et dans tous les « buzz ». C’est là qu’on l’attend, c’est là qu’il doit donner toute la mesure de son implication dans l’époque et toute l’ampleur de sa solidarité immédiate et grégaire.

Ainsi Marisol Touraine n’a-t-elle pas tourné sept fois son index au-dessus de son clavier avant de prendre position dans une de ces nouvelles polémiques vaines qui pullulent sur la Toile. Une étudiante en médecine de Paris VII s’était émue, trois jours avant, de la question numéro 37 d’un QCM, ainsi libellée :

Une patiente de 35 ans reçoit une fessée sur son lieu de travail par son supérieur hiérarchique devant ses collègues. Elle consulte les urgences. Vous réalisez :
– un bilan somatique ;
– un bilan psychologique ;
– une déclaration d’accident de travail ;
– un certificat médical initial descriptif ;
– vous lui demandez d’aller au coin car elle n’a pas été sage.

Pauline(tte), atterrée par cette question, et surtout par l’humour légèrement pervers et subtilement misogyne (certains diraient, peut-être, carabin) de la dernière proposition, s’en était donc indignée sur son compte Twitter, attirant l’attention des éducateurs médiatiques, toujours prompts à fustiger les débordements rigolards.

Madame Touraine a donc réagi, comme il semble qu’il soit incontournable de faire :

La question se voulait humoristique ? C’est raté. Et sexiste. Donc inacceptable. »

Voilà, c’est dit. On n’en attendait pas moins d’une femme d’État. Si les ministres ne vont pas tirer les oreilles de tous les farceurs, de tous les machos, où ira le monde ? S’ils ne se font pas les arbitres des élégances humoristiques, mais à quelle barbarie ne serons-nous pas exposés demain ?

Madame Touraine n’a donc rien à faire de plus urgent que de se jeter dans ce genre de mêlée picrocholine ; le dossier « Santé » peut bien attendre, la question numéro 37 d’un QCM rappelle les heures les plus sombres du sexisme. Un trait d’humour, à Paris VII, menace la paix sociale. On a frôlé la grivoiserie. Peut-être le début d’une insurrection phallocratique ? Un Conseil des ministres extraordinaire s’impose, à tout le moins (et si possible sans les hommes), pour l’accompagner d’un symbole fort.

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