Mariannes : plus jolies avec un autre couvre-chef !

Honneur aux dames. J’accepte d’autant plus volontiers la réponse des « Marianne pour Tous » à l’article que je leur avais consacré sur Boulevard Voltaire que mon propos à leur égard relevait plus de l’admonestation paternelle ou de ce qu’on nommait autrefois la correction fraternelle que du dessein de blesser de charmantes personnes à l’évidence persuadées de se dévouer pour le bien commun.

Notons d’abord que, si j’assume mon texte et n’en vois pas une syllabe à modifier, il ne faudrait pas non plus confondre une chronique type « coup de gueule » (moins longue que le droit de réponse qu’elle a suscité…) avec un manifeste à portée universelle, destiné à rester à la postérité.

Quant au fond, néanmoins, je maintiens mon point de vue. Il ne s’agit certes que d’une question de symboles, mais nous savons que, depuis la nuit des temps, et les sciences humaines l’ont confirmé, les symboles revêtent une importance considérable. Il est vrai que les symboles peuvent se transformer, se déplacer, changer de portée et de valeur selon les lieux et les époques, phénomène que les historiens connaissent bien. Il en est ainsi – pour continuer sur les symboles venus de l’époque révolutionnaire – du drapeau tricolore (même si le bleu, le blanc et le rouge ont une signification antérieure à la Révolution), devenu le drapeau de la France par le sang versé des hommes qui, depuis deux siècles, se sont battus sous cet emblème. De même pour la Marseillaise, indubitablement devenue notre hymne national, au minimum à titre militaire, hymne que je chante même si je n’en aime ni l’origine, ni les paroles, pétries qu’elles sont de la folie belliciste et nationaliste des Jacobins de 1792. Mais je ne vois pas où et comment le bonnet phrygien aurait bénéficié du même phénomène de lente assimilation nationale, sauf sur le buste en plâtre de Brigitte Bardot ou de Laetitia Casta, au charme desquelles, avouons-le, nul homme normal ne saurait rester insensible (sourire).

Certains commentaires de ma petite chronique, vus sur Internet, laissaient croire que, en effectuant un rappel des crimes de la Terreur, j’étais parti dans un plan « drapeau blanc et fleur de lis ». Mais ce n’était pas mon propos. Je suis un peu historien, mais je suis aussi un citoyen français de 2013 et non de 1793. Ma chronique voulait rappeler qu’on ne peut pas faire l’économie, en France, d’une réflexion sur le phénomène révolutionnaire et sur la Terreur parce qu’ils font partie de notre histoire, parce qu’ils sont inscrits dans notre culture politique, et parce que nous ne savons jamais exactement s’ils ne vont pas brusquement refaire surface.

Il se trouve que, au moment où la loi Taubira et ce qui lui est lié (gender, PMA, GPA, etc.) nous imposent un changement de civilisation, dans la mesure où nous sommes enjoints, au nom de la loi, de légitimer des pratiques particulières et/ou inacceptables en leur reconnaissant la valeur de la norme, nous sommes confrontés à une logique totalitaire. Or je tiens que, même si l’histoire nous apprend à ne pas tout confondre et même s’il faut se méfier du point Godwin, le totalitarisme possède des racines (j’ai écrit des racines, non toutes ses racines) dans l’expérience de 1793. La riposte qu’il convient d’apporter à la loi Taubira et à ses suites suppose donc, sur le long terme, une compréhension du phénomène révolutionnaire, même si d’autres sources (déchristianisation, hyper-individualisme, consumérisme, libéralisme libertaire, etc.) jouent un rôle dans la dérive morale à laquelle nous assistons.

C’est pourquoi rendre hommage aux victimes de la Terreur n’est pas un réflexe d’historien enfermé dans ses bouquins, mais un réflexe de citoyen de 2013. J’ai également reçu de très nombreux messages de lecteurs qui l’ont bien compris ainsi et m’en ont remercié.

Chères Mariannes, bravo malgré tout pour votre courage et votre engagement. Permettez-moi de vous embrasser en signe de paix. Mais de vous redire aussi que vous seriez encore plus jolies avec un autre couvre-chef.

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