Quel rapport entre la loi instaurant le mariage dit « pour tous » et la décision de ne pas légiférer sur le salaire des grands patrons ?

Aucun, selon la plupart des acteurs et observateurs politiques, alors même que ces deux actes politiques participent exactement de la même logique. En effet, même si cela peut échapper à une partie d’entre nous, le gouvernement a une ligne politique : c’est celle qui a été synthétisée peu avant la campagne présidentielle de 2012, par le think tank Terra Nova, qui n’a fait que formaliser et officialiser la mutation idéologique de la « gauche ». La première gauche était autoritaire et égalitaire, de Robespierre à Jules Guesde ; la deuxième était social-démocrate, décentralisatrice et européenne : c’était le bébé de Michel Rocard, mais ses racines idéologiques remontent bien plus loin, jusqu’à Mendès France, voire Léon Blum. Et la troisième gauche qui est au pouvoir actuellement est libéral-libertaire et fondée sur la dictature des minorités (ethniques, sexuelles, économiques et sociales).

Depuis deux siècles, le combat de la gauche s’est progressivement écarté de la justice sociale pour se focaliser exclusivement sur ce qu’elle identifie à l’ordre patriarcal ancien : l’autorité, la famille, la morale. Cet ordre patriarcal qui a été battu en brèche par le capitalisme avancé (comme l’avait déjà anticipé Marx) et par l’opprobre jeté sur les idéaux de devoir et de sacrifice depuis plusieurs décennies, mais que la gauche s’efforce de croire encore dominant.

La gauche occidentale est devenue l’expression politique de la « culture de l’égoïsme » (Cornelius Castoriadis et Christopher Lasch) : l’égoïsme du couple homosexuel qui, non content de se marier (comme ces bourgeois honnis), trépigne pour revendiquer son prétendu « droit à l’enfant », et l’égoïsme du grand patron qui estime que sa rémunération est pleinement méritée et qu’il ne doit rien à personne. L’antithèse des John P. Morgan et des Henry Ford, pourtant loin d’être des proto-bolcheviques, qui avaient théorisé un écart maximal de salaires entre un PDG et ses employés. La « gauche » de Hollande est, en réalité, en train de mettre en œuvre la totalité des dimensions du libéralisme. En parfaite cohérence avec l’idéologie de Bruxelles, savant cocktail de « droits fondamentaux » élevés au rang de nouvelle religion et de libre-échange intégral.

Le gouvernement ne pense pas en français : il pense en bruxellois, version dialectale du « globish ».

Et face à ces stipendiés de l’Europe qui osent se revendiquer « socialistes » se dressent les bons vieux cocos et la bonne vieille droite. Ces mélenchonistes qui voient en tout patron de PME un exploiteur capitaliste sans morale ni scrupules, et cette droite MEDEF, pour qui un euro d’impôt est un euro en trop.

Une classe politique qui a, somme toute, bien peu changé depuis le général de Gaulle qui déclarait : « Je n’aime pas les communistes parce qu’ils sont communistes, je n’aime pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes, et je n’aime pas les miens parce qu’ils aiment trop l’argent. »

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